Jeûne éducatif

Plus de 80 étudiants ont participé au jeûne.... (Étienne Ranger, LeDroit)

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Plus de 80 étudiants ont participé au jeûne.

Étienne Ranger, LeDroit

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«J'ai faim!»

Des étudiants de 5e secondaire à l'école Le Carrefour de Gatineau ont décidé de jeûner pendant 30 heures afin d'expérimenter les affres de la faim. Et, du coup, amasser des fonds et des denrées pour Moisson Outaouais.

Quand je suis passé hier matin, ils n'avaient rien avalé depuis 24 heures. C'est tout juste si on n'entendait pas les ventres gargouiller dans l'agora de la polyvalente. Les jeunes s'étaient affalés, ici et là, enveloppés dans de grosses couvertures.

C'est à ce moment qu'Éric Noël, le professeur responsable de l'activité, a déboulé dans l'agora. Il brandissait un pot de Nutella vide. «J'ai trouvé ça dans la palestre, a-t-il lancé à la ronde. Qui a mangé ça? Je vous préviens, si personne ne se dénonce, je vais arrêter sentir votre haleine... Ah, et puis, non. Je ne veux pas mourir!»

Après plus d'une journée sans rien avaler, les étudiants avaient la bouche pâteuse. Mal à la tête aussi. Et au ventre. «Ça fait "gourlou" dans le bedon, constate Hugo Régimbald. C'est difficile autant mentalement que physiquement. Je suis fini... J'ai envie de me coucher par terre toutes les deux minutes.»

Malgré la fatigue et les étourdissements, les jeunes gardaient le sourire. Après tout, ils ont eu l'école pour eux seuls pendant de longues heures, puisque c'était journée pédagogique vendredi. Le jeûne ne les a pas empêchés de s'épivarder pendant une heure et demie dans la piscine, puis de jouer à la cachette dans les corridors de l'école jeudi soir.

Éric Noël cherchait un moyen original de sensibiliser ses étudiants au phénomène de la faim. Il a donc repris une expérience qu'il avait tentée 15 ans plus tôt. Plus de 80 étudiants ont répondu à l'appel, de même que six professeurs.

M. Noël a dû vaincre un certain scepticisme pour mener à terme son projet. Certains parents, de même que l'infirmière de l'école, avaient des doutes sur le bien-fondé de l'activité. Mais pour M. Noël, les bénéfices à tirer de l'expérience compensaient amplement les effets indésirables sur la santé.

«L'expérience leur apporte plein de choses. Ils s'aperçoivent qu'ils sont privilégiés de vivre dans une famille qui a accès facilement à de la nourriture. Ils réalisent que ce n'est pas tout le monde qui a cette chance, y compris ici, à Gatineau. C'est de leur faire comprendre, aussi, le sentiment de fatigue mentale qui vient avec la faim. Et l'importance de se sacrifier pour les gens dans le besoin. Le sacrifice est une valeur à remettre à la mode. Aujourd'hui, c'est plutôt le chacun pour soi qui est en vogue.»

L'école Le Carrefour compte des étudiants de 52 nationalités. Dans le lot, plusieurs jeunes de confession musulmane ont une certaine expérience du jeûne. C'est le cas de Sofia Molina. «Quand on fait le ramadan, on reste longtemps sans manger. Bien sûr, 30 heures, c'est un jeûne un peu plus long que d'habitude. Mais autrement, ça va. Je passe du temps avec mes amis, je joue avec mon iPhone. Ça me fait penser à autre chose qu'à la faim.»

Oui, certains ont triché. Mais Éric Noël ne s'en formalise pas outre mesure. «Oui, il y a eu de la triche. Mais les jeunes ont dû se cacher pour manger. Et vivre la honte qui vient avec cela. Ça fait partie de l'expérience», dit-il.

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