On s'en fout de qui a raison

Les membres de la famille d'Angèle Whissell ont... (Martin Roy, LeDroit)

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Les membres de la famille d'Angèle Whissell ont vécu pendant une semaine entière avec leur manteau sur le dos.

Martin Roy, LeDroit

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Ce que je retiens de l'histoire d'Angèle Whissell, c'est que sa famille de quatre enfants s'est fait couper l'électricité durant sept jours par Hydro Ottawa. En plein hiver.

Bon, couper l'électricité, faut s'entendre. Hydro avait installé une minuterie pour rétablir le courant pour une période de 30 minutes, à toutes les trois heures. Le temps de réchauffer un peu la maison. N'empêche, faisait pas chaud dans le logement de la Basse-Ville où Angèle vit avec son mari et sa progéniture âgée de 10 à 13 ans.

Pendant une semaine, ils ont vécu avec le manteau sur le dos et les pantoufles au pied. À l'intérieur, la température est descendue jusqu'à un frisquet 12 degrés Celsius. Angèle m'a montré une photo pour le prouver.

Quand le courant revenait, à toutes les trois heures, les enfants sautaient de joie: «Yé, l'électricité!» Angèle se dépêchait d'allumer la chaufferette pour profiter au maximum du retour de l'électricité.

Mais le courant ne revenait pas assez longtemps pour recharger le téléphone. Ni pour faire cuire des repas. Pendant une semaine, ils ont vécu comme ça, au rythme des retours de courant. Dans le froid, à la lueur des chandelles.

Le lendemain de la coupure, Angèle a téléphoné à l'école primaire Sainte-Anne, fréquentée par son fils. Elle connaissait la secrétaire, elle lui a expliqué la situation. L'école lui a répondu de ne pas s'en faire, qu'elle s'occuperait du dîner du petit.

Le samedi, il a fallu annuler la fête de la plus jeune, Dézirée, 10 ans. Pas moyen de faire cuire un gâteau. Comme les batteries du téléphone étaient à plat, pas moyen d'avertir les parents des petits amis invités. Dézirée a mal pris qu'on annule sa fête. Pour elle, c'était pire que le froid.

Angèle m'a montré une pile de documents. Sur le dessus, un gros carton rouge: l'avis d'Hydro Ottawa la prévenant qu'on lui a coupé l'électricité pour cause de facture impayée. Elle n'était pas là quand les gars d'Hydro ont mis la minuterie, le 22 janvier. C'était un jeudi, elle était au travail et les enfants à l'école.

Elle prétend qu'elle avait l'argent pour payer l'électricité, mais qu'elle a manqué de temps pour réagir. Elle se plaint qu'Hydro Ottawa ne l'ait pas prévenue. Au contraire, Hydro prétend lui avoir envoyé deux avis, plus une lettre.

Angèle pointe aussi du doigt les services sociaux ontariens, qui prélèvent normalement le montant nécessaire pour acquitter la facture d'Hydro à même son chèque de prestation de soutien aux personnes handicapées. Pas cette fois-ci, apparemment.

Angèle m'a fait le récit d'une mère de plus en plus désespérée qui se heurte à une bureaucratie tatillonne et insensible.

Qui a tort? Qui a raison?

Au fond, je me fous de savoir qui a raison.

Il y a une chose à comprendre de cette histoire. Des enfants ont vécu sept jours sans électricité.

Au Canada. En plein hiver. Ça n'a juste pas d'allure.

***

Ça s'est réglé parce que, justement, quelqu'un se foutait de savoir qui avait raison. La secrétaire de l'école Sainte-Anne a rappelé la mère pour lui dire: amène-moi ta facture et l'avis d'Hydro. Je pense qu'on a une solution. C'est l'école qui a acquitté la facture. La secrétaire a même accompagné la mère à la caisse populaire pour signer le chèque au montant de 420$.

L'argent vient d'une fondation. Les écoles catholiques du Centre-Est peuvent y faire appel pour aider des enfants et des familles dans le besoin. En cas d'urgence, l'argent est débloqué très rapidement. Le directeur de l'école Sainte-Anne, Jean-François Boulanger, n'a pas hésité une seconde à y faire appel. «Pas d'électricité, par des températures de -30, c'était une question de survie. Il n'y a pas de doute.»

C'était l'évidence, pourtant passée inaperçue des autorités compétentes. L'électricité a été rétablie le mercredi, à 22 h 03. Presque sept jours après avoir été coupée. Les enfants d'Angèle se sont réveillés à la chaleur le lendemain. Elle m'a montré une photo de Dézirée réalisant que l'électricité est revenue pour de bon. Les bras levés au ciel, le sourire fendu jusqu'aux oreilles. On aurait dit une médaillée olympique.

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