Troublante simulation

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Mais non, monsieur l'agent. Je n'ai pas bu. Pas la moindre goutte d'alcool.

Quand le policier m'a ordonné de marcher sur la ligne blanche, en mettant lentement un pied devant l'autre, j'ai su tout de suite que j'étais piégé.

La ligne blanche? Laquelle des deux, monsieur l'agent?

À vrai dire, je me sentais complètement désorienté. Non seulement je voyais en double, mais mes oreilles bourdonnaient et j'avais la désagréable impression qu'une simple pichenotte suffirait à me déséquilibrer.

«Allez-y monsieur», a commandé le policier.

Merde.

J'ai obtempéré. Que faire d'autre?

J'ai marché sur la ligne. Neuf pas vers l'avant en tanguant dangereusement d'un côté et de l'autre. Puis 9 pas vers l'arrière, d'un pas toujours aussi mal assuré. Je me sentais complètement ridicule.

Malgré tout, j'avais l'impression de m'en être pas trop mal tiré. Suffisait de me concentrer, après tout...

Sauf que lorsque j'ai levé les yeux vers le visage sévère du policier, j'ai compris tout de suite que les choses auguraient plutôt mal pour moi.

Il m'a montré son calepin.

Non seulement j'avais marché six fois à côté de la ligne (sans m'en rendre compte!), en plus, je m'étais arrêté à plus d'une reprise pour reprendre mon équilibre.

Oups...

J'étais bon pour un petit détour par le poste de police afin d'y subir l'alcootest. Et faire face, éventuellement, à une accusation de conduite avec facultés affaiblies.

Heureusement, tout ceci n'était qu'une simulation...

***

Sur le campus de l'Université d'Ottawa, mercredi, on pouvait essayer une combinaison spéciale qui reproduit les sensations de l'ivresse au volant.

Le policier, lui, était un vrai agent de la police d'Ottawa. Et je peux vous assurer que T.J. Jellinek se donnait à fond dans son rôle de défenseur de la loi. En tout cas, assez pour vous enlever le goût d'avoir vraiment affaire à lui un jour où vous avez pris un verre de trop.

Alors c'est vrai, je n'avais pas bu une seule goutte d'alcool. Pourtant, je me sentais bel et bien comme si j'étais complètement soûl dans cette combinaison. Je dis combinaison, mais c'est en fait un ensemble d'accessoires mis au point par un institut de recherche en Allemagne, en collaboration avec Ford.

L'équipement est plutôt inconfortable et nous prive de plusieurs repères habituels. Des lunettes déforment la vision. Un casque atténue les sons. Des poids sont disposés sur les bras et les jambes pour créer un effet de déséquilibre. Des harnais restreignent la mobilité du cou et des membres.

Ainsi équipé, marcher sur une ligne droite relève de la mission impossible. C'est toute une prise de conscience.

L'ennui, quand on a un verre dans le nez, c'est qu'on se sent invincible. Hors d'atteinte. Alors que dans les faits, on a l'air aussi intelligent qu'une coquerelle virée sur le dos.

C'est ainsi que je me sentais, revêtu de la combinaison spéciale. Comme un insecte ridicule, malhabile et vulnérable.

Comme un con.

La morale de l'histoire? Il faut être à jeun pour réaliser pleinement à quel point on est con quand on est soûl.

Merci à la combinaison pour la leçon.

La combinaison spéciale fait partie intégrante d'un programme mis en place par Ford pour sensibiliser les jeunes au danger de l'alcool au volant.

Pour l'instant, le programme a peu de retentissement dans la région si ce n'est une apparition au collège Algonquin et cette autre, mecredi, à l'Université d'Ottawa.

En attendant, la police d'Ottawa continue de déposer, bon an, mal an, entre 800 et 900 accusations pour conduites avec facultés affaiblies par année.

Le fléau est loin d'être maîtrisé, même si le nombre d'accidents mortels liés à l'alcool au volant est en baisse.

«Il ne se passe pas une journée sans qu'on arrête une ou deux personnes pour alcool au volant», soupire le constable Jellinek.

Après ce que j'ai vécu mercredi, je ne voudrais pas être à leur place.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer