La peur sur les bancs d'école

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Les noms ont été changés mais, pour le reste, c'est une véritable histoire d'intimidation dans une école polyvalente de Gatineau.

Simone croyait que le gars de sa classe qui la menaçait depuis deux ans et demi avait été définitivement renvoyé de l'école. Alors quand elle l'a croisé dans le corridor - c'était lundi dernier -, la surprise a été complète. D'un seul coup, les vieilles peurs sont remontées à la surface. Si violentes que Simone s'est précipitée aux toilettes pour vomir.

Sous le choc, ses parents sont venus la chercher de toute urgence à l'école. Elle criait et pleurait. Elle n'est pas retournée à l'école depuis. «Elle veut se tuer», m'a raconté sa mère au désespoir.

Simone, 14 ans, en troisième année du secondaire. Le portrait type de la victime d'intimidation. Un peu différente, trop grasse, pas assez grande, rêveuse... Elle est dans une classe d'adaptation scolaire, la même depuis le début du secondaire. Une classe composée presque uniquement de gars. Il n'y a que trois filles.

Dans les gars, un serait particulièrement menaçant. Un gars qui s'assoit juste derrière Simone pour l'écoeurer durant les cours. Au début, d'après la mère, c'était de la violence verbale. Puis il y a eu escalade : agressions physiques, puis menaces de mort. À tel point que la mère a convaincu sa fille de déposer une plainte pour menace de mort à la police.

La plainte a toutefois été suspendue quand l'école a transféré ailleurs l'élève en question. Avec la promesse que si jamais le garçon devait réintégrer l'école, Simone et ses parents en seraient avertis au préalable.

Une fois libérée de l'intimidateur, Simone a pris du mieux. Elle est devenue plus souriante. Elle a repris goût à l'école. Surtout, elle ne parlait plus de suicide.

Un épisode viendra troubler sa quiétude. Un autre élève la prévient que son agresseur a hâte de revenir à l'école. Pour lui fourrer une volée...

«Fais-toi en pas, la rassure sa mère. Si jamais il doit revenir, l'école va nous prévenir, on aura le temps de réagir.»

D'où le choc, lundi dernier, quand Simone croise le gars dans le corridor.

La mère a demandé des explications à l'école. «On m'a informé qu'une rencontre avait eu lieu pour discuter de sa réintégration, que le jeune avait beaucoup cheminé et qu'il reviendrait à l'école le lendemain.»

La mère était tétanisée.

Il revenait à l'école. Le lendemain. Dans la classe de Simone.

Comme presque toujours dans ce genre d'histoire, je n'ai qu'une version, celle de la mère. Généralement, les directions d'école ne discutent pas publiquement de dossiers impliquant des mineurs.

D'ailleurs, je ne veux pas jeter le blâme à l'école. Elle a agi correctement en retirant l'agresseur de son milieu. Mais si la version de la mère est exacte, l'école a quand même commis un faux pas en réintégrant l'élève sans en aviser les parents. Si le jeune a réellement fait des menaces de mort, c'est une aberration de la réintégrer dans la même école. Encore plus de le retourner dans la même classe que Simone.

Même à supposer que le jeune ait cheminé lors de son retrait de l'école, il n'en reste pas moins que Simone, elle, n'est pas guérie. Quand une jeune fille vomit à la simple vue d'un individu, c'est qu'elle est proprement terrifiée. La mission de l'école, c'est d'offrir un milieu sain et sécuritaire pour que l'enfant puisse apprendre.

Au-delà de qui a tort ou raison, cette chronique se veut surtout un témoignage. Le témoignage de la souffrance de Simone. Une souffrance dont je n'ai aucune raison de douter.

À la Fondation Jasmin Roy, qui s'intéresse à toutes les facettes de l'intimidation, on me dit qu'un agresseur cesse son manège le jour où il réalise pleinement le mal qu'il fait à sa victime.

Alors cette chronique est aussi pour toi, jeune homme. Puisse-t-elle t'inspirer un peu de compassion pour Simone. Elle est au désespoir.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer