Enseigner autrement

De toute évidence doté d'une imagination fertile, Richard... (Courtoisie, Université d'Ottawa)

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De toute évidence doté d'une imagination fertile, Richard Burgess se fie rarement à ses notes lorsqu'il donne ses cours. Il préfère raconter un récit à sa manière, changeant sa voix au gré des personnages, comme on le ferait pour raconter une histoire à un enfant.

Courtoisie, Université d'Ottawa

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C'est le genre de prof que j'aurais aimé avoir.

Richard Burgess fait sensation à l'Université d'Ottawa avec sa façon de ponctuer ses cours sur la Rome Antique de références à Star Wars ou au Seigneur des Anneaux. Les questions de ses tests sont si comiques que les étudiants pouffent de rire en plein milieu de l'examen.

Dans l'univers parfois coincé et très sérieux du monde universitaire, Richard Burgess se démarque par son humour et son sens de la mise en scène. Lui-même parle de ses cours comme d'une performance théâtrale. « C'est plus fort que moi, explique-t-il. J'essaie d'être sérieux, mais un moment donné, je pousse une blague. Les gens rient, et ça m'encourage à continuer... »

Chose certaine, le mot s'est passé dans les couloirs de l'Université. Les étudiants se sont pris d'affection pour ce prof iconoclaste, drôle, mais aussi très efficace malgré ses méthodes pédagogiques hors normes. Cette session-ci, près de 250 étudiants s'entassent dans un auditorium de l'U d'O pour l'entendre disserter sur les moeurs de l'ancienne civilisation romaine.

Il s'est présenté à un cours revêtu d'une toge pour illustrer comment les Romains se vêtaient. À un autre cours, il a exhibé la réplique d'un glaive. « Les Romains ont conquis l'Ancien Monde avec une très courte épée qu'ils plantaient comme un poignard dans le ventre de leur adversaire. En le regardant droit dans les yeux », explique Burgess, tout en mimant le geste.

Au tout premier cours de la session, il est demeuré sérieux pendant tout le cours avant de fermer les lumières. Dans le silence et l'obscurité, il a alors allumé un sabre laser tout droit sorti de la Guerre des Étoiles. L'arme s'est mise à grésiller : zzzzz, zzzzz... « C'était juste une blague, mais ça donnait le ton », rigole-t-il.

Le bureau de Richard Burgess est ceinturé d'étagères qui ploient sous les livres d'histoire. Des affiches de Star Wars et de Star Trek ornent les murs. Une tirelire à l'effigie de Han Solo est posée sur le bord de la fenêtre. Dans ses cours, Burgess multiplie les allusions à la science-fiction et à la culture populaire. Ce genre de parallèle, affirme-t-il, aide les étudiants à retenir des faits importants.

« La structure politique dans laquelle se déroule le premier film de la série Star Wars s'apparente beaucoup à celle de la fin de la République romaine et au tout début de l'Empire, explique-t-il. Un Sénat et un système démocratique dominent la vie politique. Mais de sérieux problèmes minent le Sénat, ce qui permet à l'empereur de prendre le dessus », expliquait-il à la Gazette de l'Université d'Ottawa qui lui consacre un long article cette semaine.

De toute évidence doté d'une imagination fertile, Richard Burgess se fie rarement à ses notes lorsqu'il donne ses cours. Il préfère raconter un récit à sa manière, changeant sa voix au gré des personnages, comme on le ferait pour raconter une histoire à un enfant. « Ça doit venir de mes études en art dramatique à l'école secondaire », dit-il.

Dans ses examens, les questions à choix multiples font référence à Astérix, aux Cylons et à la Guerre des Étoiles. Les étudiants rient. Mais les images employées à répétition finissent par s'imprimer durablement dans leur cerveau. « Ils vont se rappeler plus facilement ce qu'ils apprennent dans mon cours. Les profs de deuxième et troisième années s'en rendent compte », avance M. Burgess.

Ses méthodes peu orthodoxes n'ont jamais effrayé ses supérieurs. Voilà quelques années, il a gagné un prestigieux prix pour l'excellence de son enseignement et il a été élu à titre de membre de la Société Royale du Canada.

M. Burgess a aussi un doctorat en histoire ancienne de la prestigieuse Université d'Oxford en Angleterre. « Tous mes profs là-bas étaient très sérieux. Quand j'ai commencé à enseigner, j'ai essayé, tout comme eux, d'être sérieux. Mais bon, je n'ai jamais été capable... »

« C'est vrai que d'enseigner comme je le fais demande beaucoup d'énergie. C'est une performance à chaque fois. Mais je ne me vois pas rester simplement debout et parler, parler... Je tomberais endormi et ils tomberaient endormis ! C'est vrai que je donne beaucoup d'énergie. Mais j'en reçois beaucoup en retour. »

Le genre de prof dont on se souvient longtemps, très longtemps après avoir suivi le cours.

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