Les visages de la guerre

Safouan, Dalia et leur bébé Mariana, ainsi que... (Courtoisie, Carl Hétu)

Agrandir

Safouan, Dalia et leur bébé Mariana, ainsi que leurs deux garçons de 8 et 5 ans, vivent dans une église à Amman, en Jordanie, avec 35 autres familles dans la salle paroissiale et le presbytère.

Courtoisie, Carl Hétu

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Comme bien des chrétiens d'Irak, Safouan et Dalia faisaient partie de la classe moyenne sous le régime de Saddam Hussein. Leur famille habitait Mossoul, la deuxième ville du pays.

Ils vivaient relativement bien, dans la mesure où on peut bien vivre dans un pays dirigé par un dictateur. Puis les Américains sont venus. Puis ils sont repartis, quelques années plus tard, laissant le pays en proie à de vives tensions religieuses. C'est là qu'on a assisté à la montée en force de l'État islamique (ÉI)...

Quand le bruit a couru que ce groupe armé était aux portes de Mossoul, l'été dernier, la population a paniqué. L'ÉI était précédé d'une sinistre réputation faite d'exactions et de décapitations de civils. Avec 30 minutes d'avis, 150000 habitants de Mossoul ont dû fuir. D'un seul coup.

Par chance, Safouan et Dalia possédaient une voiture. Ils s'y sont engouffrés avec leurs deux jeunes enfants, avec peine dans le cas de Dalia, enceinte de 8 mois. Ils ont quitté Mossoul dans le chaos, sur des routes encombrées, au milieu des pleurs, des cris et des klaxons.

«C'est la chose la plus horrible qu'ils ont vécue. Ils ont fui sans hésiter. Ils savaient qu'ils allaient se faire zigouiller s'ils restaient», raconte Carl Hétu d'Ottawa, qui a rencontré le couple lors de son récent voyage au Moyen-Orient pour le compte d'une ONG chrétienne.

L'auto de Safouan et Dalia est tombée en panne d'essence à mi-chemin. Ils ont complété à pied le trajet jusqu'à Erbil. Une marche forcée de 40 km dans la poussière et la chaleur. Le père, la mère enceinte jusqu'au cou, et les deux garçons de 5 et 8 ans...

À Erbil, ils ont dépensé tout leur argent pour fuir en Jordanie. C'est là, dans une paroisse d'Amman, que Carl Hétu les a rencontrés il y a quelques jours. Safouan et Dalia ont élu domicile dans une salle paroissiale transformée pour accueillir 35 familles de réfugiés. Ils n'ont plus rien. Même pas une photo de leur ancienne vie.

«Ils sont très reconnaissants de l'aide qu'on leur apporte. En même temps, cela fait six mois qu'ils sont là-bas et ils n'ont aucune idée de ce qu'il va advenir d'eux», raconte Carl Hétu.

Entre-temps, la petite dernière est née. Safouan et Dalia l'ont baptisée Mariana, en l'honneur de la Vierge. «Ils disent: "Notre espoir passe par notre petite fille. Elle est née en enfer. Elle ne pourra vivre que des jours meilleurs."»

***

Des histoires semblables, Carl Hétu en a entendu plusieurs lors de son périple au Moyen-Orient, dont il revient tout juste.

Cet ancien candidat néo-démocrate dans Gatineau travaille maintenant pour l'Association catholique d'aide à l'Orient, un organisme papal avec des antennes partout dans le monde. Lors de sa tournée, M. Hétu a visité des missions chrétiennes en Palestine, en Israël, au Liban et en Jordanie. «J'y allais pour mesurer le coût humain des récents affrontements dans la région, dit-il. Pour voir comment on peut ajuster nos programmes afin d'y soulager la souffrance humaine.»

De retour à son bureau du centre diocésain à Ottawa, il témoigne de l'absurdité de la guerre. Pendant que les grandes nations défendent leurs intérêts stratégiques, la population locale souffre et meurt. «Partout où je suis allé, le message des gens est clair. Ils ont assez souffert, ils veulent la paix», résume M. Hétu.

L'ancien politicien en lui déplore les discours aux accents guerriers des gouvernements actuels. À quand un plan diplomatique chapeauté par l'ONU pour faire la paix au Moyen-Orient?, se demande-t-il.

Car peu importe le camp, a-t-il constaté, la souffrance est la même partout.

À Gaza, il a rencontré une enseignante palestinienne traumatisée, qui n'avait pas dormi pendant 51 jours en raison des explosions. De l'autre côté du mur, la population israélienne de Sderot vit aussi dans la peur des roquettes.

À Sderot, Carl Hétu a été marqué par sa rencontre avec un Israélien.

«Il disait: "Pourquoi c'est comme ça? On devrait être capable de se parler, les Palestiniens et nous. Il y a 15 ans, on se côtoyait, on achetait des produits des gens de Gaza, on pouvait aller sur les plages, ils venaient travailler chez nous. Ce n'était pas parfait. Mais on avait une vie ensemble."»

L'Israélien a hoché la tête. «Pourquoi est-ce comme ça?»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer