Snowpocalypse now

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Oui, je le confesse, ça me faisait un petit velours de voir nos voisins du Sud s'énerver avec cette tempête de neige sur le nord-est des États-Unis.

La plus terrifiante puissance militaire du monde paralysée par... des flocons.

Six états américains qui décrètent l'état d'urgence en prévision d'une tempête historique. Le métro de New York fermé, la circulation sur les routes interdite. Cinquante millions d'Américains sur les dents.

Snowpocalypse now.

Et puis?

C'était largement une fausse alerte à New York et à Philadelphie.

Oui, il est tombé de la neige, beaucoup de neige sur le Massachusetts et sur Boston. Avec, comme conséquence, des milliers d'Américains privés de courant, d'autres évacués en raison des inondations. Mais pas de situation de «vie ou de mort», comme le rapportait hier un responsable des autorités de l'État.

C'est à se demander si les autorités américaines n'ont pas tiré trop vite la sonnette d'alarme.

Il faut cependant comprendre qu'aux États-Unis, la mauvaise gestion d'une tempête de neige peut coûter son poste à un politicien. Le New York Times rapportait quelques exemples de Snowgeddon et autres Snowzilla qui ont ruiné des carrières politiques.

Le cas le plus notoire est certainement celui de l'ex-maire de Chicago, Michael Bilandicof. Il a lui-même attribué sa défaite aux primaires américaines de 1979 à sa mauvaise gestion du blizzard de l'hiver précédent.

Dix ans plus tôt, une tempête qui avait fait 42 morts à New York a presque éjecté de son siège le maire John Lindsay. Dans son cas aussi, son incapacité à gérer la tempête s'est traduite par une défaite aux primaires, quelques mois plus tard.

Sachant tout cela, on comprend mieux l'actuel maire de New York, Bill de Blasio, qui a décrété l'état d'urgence pour se mettre à l'abri des critiques. Quitte à lever l'état de siège, comme il l'a fait en cours de journée hier, alors que la tempête du siècle s'avérait moins rude que prévu.

Il reste que, vue d'ici, cette folie autour d'une tempête de neige fait sourire.

Sur le site web du Boston Globe, on diffusait des images des violentes bourrasques qui balayaient le centre-ville. De gens pelletaient sous le blizzard, le foulard remonté sous les yeux. En gros plan, on montrait le visage de cet homme, la barbe plantée de glaçons. De quoi émouvoir les Américains, sans doute.

Mais vu du Canada, vraiment, y'a rien là...

•••

Cette tempête plus ou moins historique nous aura tout de même permis d'apprendre des choses intéressantes sur le déneigement made in USA.

Les tempêtes de neige sont moins fréquentes chez nos voisins du Sud, mais aussi beaucoup moins coûteuses, rapportait La Presse.

Il y a plusieurs raisons à cela.

Ainsi, les villes américaines ne déneigent pas les trottoirs. C'est aux citoyens de déblayer leur petit bout de trottoir. Faillir à cette obligation à Boston est passible d'une amende de 50 à 200$. Le règlement est strict: les Bostonais ont trois heures après une tempête pour déblayer.

C'est pas merveilleux? Les villes américaines économisent en refilant le déneigement des trottoirs aux citoyens. En plus, elles empochent des amendes sur leur dos s'ils refusent d'obtempérer. Le meilleur de deux mondes. Pour paraphraser ce bon vieux Elvis Gratton: 'ils l'ont-tu l'affaire, les Amaricains!'

Qu'est-ce qu'on attend, dans la région, pour adopter un règlement semblable?

J'ai demandé une entrevue pour en discuter à la Ville de Gatineau. Mais après avoir tergiversé, on m'a dit qu'une entrevue avec une fonctionnaire, sur un dossier si délicat d'un point de vue politique, ne serait pas possible. Comme quoi à Gatineau aussi, il se gagne et se perd des élections sur une question aussi prosaïque que le déneigement.

Mais rassurez-vous, on m'a juré que Gatineau n'avait pas l'intention de suivre l'exemple des villes américaines. Les Gatinois pourront continuer à se plaindre, sans souci, que leur trottoir n'est pas déneigé assez vite.

En terminant, une pensée de sympathie pour les Bostonnais: je leur souhaite de savourer la chute des derniers flocons. Parce qu'après, ils auront un sacré tas de neige à déblayer sur le trottoir.

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