Comme un début de paranoïa

Les policiers ont bouclé une partie du centre-ville... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Les policiers ont bouclé une partie du centre-ville de Gatineau vendredi.

Patrick Woodbury, LeDroit

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L'arrestation de deux jeunes étourdis qu'on a confondus par erreur avec de dangereux terroristes vendredi à Gatineau ressemble à une mauvaise blague.

N'empêche que, l'espace d'un moment, on a eu peur. Peur que les événements d'Ottawa, de Sydney et de Charlie Hebdo soient en train de se répéter à Gatineau.

Surtout que ça y ressemblait drôlement au début avec ces voitures de police bouclant tout un secteur du centre-ville où deux individus louches, apparemment armés, avaient été aperçus.

Des gens ont filmé les policiers convergeant rapidement, l'arme au poing, vers la voiture des suspects. Y avait même un chien pisteur, tous crocs dehors, qui accompagnaient les forces de sécurité.

Ensuite, on a vu circuler la photo d'un des suspects, revêtu d'un treillis militaire, plaqué contre la carrosserie d'une voiture par un policier. Plus loin, un autre policier éloignait de la scène une arme ressemblant à une mitraillette.

C'était une fausse alerte.

On a appris très vite que les treillis militaires des deux gars n'étaient que des déguisements. Et que les armes qu'ils transportaient étaient de vulgaires jouets de plastique.

Les deux compères se rendaient, déguisés, à un festival d'animation japonaise au Palais des congrès...

Ils ont eu la brillante idée de se promener dans le stationnement avec leurs semblants d'uniformes militaires et de fausses armes qui ressemblaient drôlement à des vraies, vues de loin.

Bravo les champions.

***

À l'intérieur du Palais des congrès voisin, il y avait toute une faune bizarre de guerriers, de sorcières et de personnages fantastiques qui se promenaient d'un étage à l'autre.

Le festival G-Anime a beau attirer plus de 2000 participants depuis sept ans, il demeure méconnu du grand public puisqu'il s'adresse surtout à un public de geeks et de jeunes amateurs d'animation japonaise.

C'est là que se rendaient les deux jeunes arrêtés vendredi. Comme bien d'autres, ils s'étaient déguisés en leur personnage préféré de jeu vidéo.

Dans l'enceinte du festival, j'ai rencontré Sébastien Sabourin, un jeune Gatinois, qui portait une mitraillette Kalashnikov sur le dos. La même arme utilisée lors du massacre au Charlie Hebdo.

Bon, c'était une Kalashnikov en plastique. Les gardiens de sécurité lui ont demandé de la retirer après l'arrestation des deux autres. «J'ai protesté. C'est le clou de mon déguisement!» raconte Sébastien.

Une autre festivalière, Caroline Richard, de Gatineau, s'était déguisée en guerrière avec un arc et un carquois. Personne ne l'a inquiétée. Mais l'autre jour, elle s'est fait arrêter par un policier à la sortie du Centre Rideau. Elle venait d'acheter un parapluie muni d'un manche de sabre japonais...

«L'agent de police m'a arrêtée. Il ne m'a pas donné de contravention ni rien. Il m'a juste dit de faire attention, que de loin, ça pouvait être considéré comme une arme», raconte-t-elle.

***

L'arrestation de vendredi a toutes les apparences d'un fait divers anodin.

Mais j'y vois aussi les dommages collatéraux des récents attentats terroristes.

Tout comme l'organisateur de G-Anime, Luc Biron.

Il ne semblait pas apprécier outre mesure la publicité inattendue suscitée par l'arrestation des deux festivaliers. «C'est triste. La police les a embarqués même s'ils ne sont pas dangereux. Mais il y a peut-être, et c'est normal, un phénomène de surprotection en raison des événements qui sont arrivés récemment», concédait-il.

On a craint l'obsession sécuritaire après les attaques à Ottawa, Sydney et au Charlie Hebdo.

Or, dans les événements de vendredi, il y a quelque chose qui ressemble à un début de paranoïa.

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