Le cri des damnés

Les sans-abri de Gatineau viennent de nous servir un coup de gueule inattendu,... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

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Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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Les sans-abri de Gatineau viennent de nous servir un coup de gueule inattendu, maladroit et qui vise complètement à côté de la plaque.

Malgré tout, j'ai envie de les féliciter.

Parce qu'il y a quelque chose d'admirable dans cet élan de solidarité qui survient au coeur d'un hiver particulièrement froid et rigoureux.

Voilà donc des sans-abri qui réussissent à s'organiser suffisamment pour rassembler 60 noms sur une pétition réclamant la mise en tutelle du Gîte Ami.

Une pétition qu'ils ont trouvé le moyen de faire parvenir au ministre de la Santé, Gaétan Barrette, et à l'Agence de la santé et des services sociaux de Gatineau.

Considérant la détresse du sans-abri, son degré de désorganisation, cette seule démarche relève de l'exploit.

La clientèle du Gîte est un cocktail de maladie mentale, de toxicomanie, de petite débrouille et de marginalité.

Ce sont les damnés de la terre, les gens qui ont atteint le fond du baril.

Dans leur échelle de survie, faire circuler une pétition arrive tout au bas de la liste.

Et pourtant, ils l'ont fait.

Eux qui demeurent si souvent en marge des débats les concernant directement, voilà que, pour une fois, ils mettent le pied en plein dedans.

Juste pour cela, ils méritent qu'on les félicite.

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Le problème, évidemment, c'est qu'ils se trompent de cible en réclamant la mise en tutelle du Gîte Ami.

C'est couru d'avance, cette pétition ne mènera à rien.

Parce que les signataires, dans un sursaut de colère sans doute légitime, frappent sur le mauvais clou.

Le Gîte Ami se retrouverait en tutelle demain matin qu'il n'y aurait pas plus de moyens, pas plus d'argent, pas plus de places qu'aujourd'hui.

La réalité est que le refuge souffre de sérieux problèmes financiers. Et l'avenir n'a rien de réjouissant.

Centraide rate ses objectifs. Et le gouvernement Couillard, que les sans-abri appellent à la rescousse, n'est pas exactement d'humeur généreuse en cette époque grise et austère.

La direction du Gîte Ami a courageusement affronté les journalistes hier après-midi. Et défendu sa probité.

Pour le reste, que voulez-vous qu'ils disent?

Les sans-abri se plaignent de problèmes d'hygiène au Gite Ami. La direction n'a pas les moyens d'embaucher un concierge. À moins de couper ailleurs. Mais où? Dans le nombre de lits?

On n'en sort pas.

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Il faut interpréter la sortie publique des sans-abri pour ce qu'elle est vraiment: un cri de souffrance.

Cette pétition est le cri de ceux qui gèlent.

Au Gîte Ami, les problèmes surgissent quand il fait froid.

Il y a beaucoup de monde, ça déborde, et ceux qui n'ont rien prévu se retrouvent parfois à coucher dehors. Même si, en principe, le refuge ne refuse personne par une nuit de grand froid.

La réalité plus large, c'est que le portrait de l'itinérance a changé à Gatineau.

Avec la croissance, on vit maintenant une itinérance de grande ville. Un problème auquel on fait face essentiellement avec les mêmes moyens qu'en 1983, lors de l'ouverture du Gîte Ami.

On parle de plus en plus de la nécessité d'ajouter des logements de transition à Gatineau. Des endroits qui permettraient aux sans-abri de passer d'un refuge temporaire comme le Gîte Ami à une vie plus normale dans un logement social.

Des logements où les marginaux réapprendraient à vivre en société. Ça implique davantage de ressources pour éviter les rechutes. Du soutien individuel que les services sociaux ne sont pas en mesure d'offrir actuellement.

Si le cri du coeur des sans-abri réussit à soulever un débat là-dessus, ce sera toujours ça de gagné.

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