L'intérêt à faire le mort

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C'est triste à dire, mais très peu de villes peuvent témoigner avec autant d'éloquence que Gatineau lorsqu'il s'agit de décrire dans le détail les magouilles des firmes de génie-conseil.

Les contribuables gatinois se sont fait flouer de plusieurs millions de dollars - la somme exacte n'a jamais été divulguée - par des ingénieurs qui truquaient les soumissions et cryptaient leurs échanges au téléphone pour déjouer l'écoute électronique.

Rien n'indique que Gatineau a été victime de collusion plus qu'ailleurs au Québec. Seulement ici, le phénomène est documenté à fond depuis le passage du directeur d'Aecom, Marc-André Gélinas, devant la commission Charbonneau.

Son témoignage a permis de quantifier de manière très précise l'ampleur de la collusion, de mettre des noms et des visages sur ses acteurs, de connaître les firmes impliquées et de bien comprendre l'habile stratagème qui a déjoué pendant des années la Ville de Gatineau. Le témoignage du patron d'Aecom a aussi permis à la Ville de Gatineau de pousser plus loin ses enquêtes et de quantifier, assez précisément, l'ampleur des sommes volées aux contribuables gatinois.

Pour toutes ces raisons, le témoignage du maire Maxime Pedneaud-Jobin à la commission parlementaire sur le projet de loi 26, aujourd'hui à Québec, pourrait se révéler déterminant pour la suite des choses.

Avec ce projet de loi, Québec cherche à convaincre les firmes qui ont fraudé de rembourser les sommes volées - et même un peu plus - en échange d'une absolution.

Dans ce débat, le maire Maxime Pedneaud-Jobin est en mesure de produire des statistiques précises pour alimenter le débat. Ce qui n'est pas le cas de la plupart des villes, à l'exception peut-être de Montréal et Québec. Son témoignage devrait notamment aider le gouvernement Couillard à fixer le pourcentage «plancher» que les firmes collusionnaires devront rembourser aux villes victimes de leurs combines.

Mais au-delà de ces questions de chiffres, j'espère que ce projet de loi 26 aura suffisamment de portée pour inciter les villes à enquêter sur d'autres cas de collusion dont elles auraient pu être victimes.

Disons-le crûment, sans le témoignage en forme d'aveux de Marc-André Gélinas, il est probable que le stratagème employé par les firmes de génie-conseil à Gatineau n'aurait jamais été découvert.

Je l'ai dit et redit dans cette chronique, la collusion des firmes de génie-conseil n'est probablement que la pointe de l'iceberg. Les villes manquent de moyens pour détecter et enquêter sur la collusion. Ce sont les journalistes d'enquête, puis la commission Charbonneau qui ont fait le gros du travail pour mettre au jour les stratagèmes et identifier les acteurs clés. Dans ce contexte, le projet de loi 26 suffira sans doute à convaincre les firmes déjà pointées du doigt par la commission Charbonneau de se dénoncer. Celles-là ont intérêt à remettre le compteur à zéro pour se redonner la chance de soumissionner sur les contrats publics.

Mais les autres? Les fraudeurs qui sont passés sous le radar? Ils ne vont pas se jeter sur le téléphone pour se dénoncer. Au contraire, ils ont tout intérêt à faire le mort.

À Gatineau, on a amorcé des enquêtes sur des cas de collusion possibles dans le domaine de l'asphaltage. Le Rapibus, et ses contrats de 255 millions$ sont aussi dans la ligne de mire.

Le danger est que sans l'éclairage de la commission Charbonneau, ces enquêtes finissent par tomber à plat, faute de moyens pour les poursuivre.

Là-dessus aussi, le témoignage du maire Maxime Pedneaud-Jobin pourrait se révéler éloquent.

Du point de vue des villes, il faut que le projet de loi 26 devienne un incitatif puissant à mettre temps et énergie à la lutte à la collusion.

Si Québec veut que le contribuable obtienne gain de cause, il doit donner aux villes l'assurance qu'elles récupéreront non seulement les sommes volées, mais également l'argent investi dans leurs enquêtes.

Sinon, tout le travail de la commission Charbonneau risque de se conclure par un goût amer d'oeuvre inachevée.

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