«Beurk» collectif

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On s'entend, conserver au frais des défunts dans un camion à légumes n'est pas l'idée du siècle.

Mais la morgue de l'hôpital de Hull déborde. Et il fallait bien trouver une solution pour entreposer d'éventuels surplus de morts d'ici à ce que l'aménagement de la nouvelle morgue soit terminé. Du côté de l'hôpital, on en parlait hier comme d'une solution de dernier recours.

De toute manière, ce n'est pas tant l'idée de louer un camion réfrigéré qui me semble poser problème. Après tout, on envisage d'y conserver les corps pour quelques heures si jamais le besoin s'en fait sentir. Le temps que les pompes funèbres viennent chercher les dépouilles. En plus, l'hôpital s'engage à consulter les familles avant d'entreposer qui que ce soit dans le camion.

C'est ailleurs que le bât blesse.

Je crois que ça tient à un détail: le type de camion.

Un camion réfrigéré tout court passerait encore. Mais un camion... à légumes?

Pour entreposer des morts?

Il y a quelque chose d'incompatible dans cette idée d'associer un défunt avec des légumes.

Quelque chose d'un peu irrationnel, convenons-en.

On sait tous que le camion a été lavé et désinfecté et qu'il ne contient plus trace des médicaments ou des «denrées périssables» (dixit l'hôpital) qu'il transportait dans son ancienne vie.

Et puis, entre vous et moi, je ne suis pas sûr que la morgue elle-même soit un endroit plus réjouissant que la boîte d'un camion.

Non, la réaction indignée à la décision de l'hôpital me semble de nature plus viscérale.

Elle tient au fait qu'entre le moment où on fait nos derniers adieux à un être cher et le moment où on le retrouve, embaumé et maquillé au salon funéraire, on tient pour acquis que sa dépouille sera traitée avec respect et dignité.

Le mort a beau être mort, il porte encore une dimension symbolique humaine pour ses proches.

Une dimension qui ne cadre pas avec une odeur, même théorique, de légumes.

D'où ce gros «beurk» collectif qu'on a ressenti hier.

---

En entrevue sur les ondes du 104,7 Outaouais, la directrice de l'Association des thanatologues du Québec, Nathalie Samson, se demandait si ce genre de mesures auxquelles nous ne sommes pas habituées allait bientôt devenir la norme.

Les gens vivent plus vieux, disait-elle, mais ils finissent quand même par mourir un jour. Alors qu'est-ce qui est le mieux? Empiler des cadavres les uns par-dessus les autres dans une morgue trop petite ou bien louer un camion réfrigéré?

Remarquez qu'il faut vivre dans une société riche pour se permettre le luxe de tels débats.

On parle beaucoup ces jours-ci du tremblement de terre en Haïti en janvier 2010. Là-bas, tellement de gens sont morts d'un seul coup qu'il a fallu mettre au rancart toutes les notions de respect et de dignité à l'endroit des disparus. Pour éviter les épidémies, on a chargé des cadavres par centaines dans des camions (non réfrigérés), afin de les enterrer à la va-vite dans des fosses communes.

Le respect des morts est une notion à géométrie variable...

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