Le style Barrette

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En donnant un grand coup de balai à la tête du CSSS de Gatineau, le ministre Gaétan Barrette ne fait rien pour rassurer ses détracteurs.

Lui qu'on accusait de vouloir s'arroger tous les pouvoirs en santé, le voilà qui vient placer sous tutelle les deux plus grands hôpitaux de Gatineau.

En congédiant ainsi tout le conseil d'administration du CSSS, le ministre Barrette donne l'impression de vouloir faire un exemple à Gatineau. Comme s'il voulait envoyer un message. Dire au reste du Québec qu'on ne défie pas impunément son gouvernement comme l'a fait le CSSS en refusant de se soumettre à la règle du déficit zéro.

Car sinon, comment expliquer l'empressement du ministre Barrette à faire disparaître une structure qu'il comptait de toute manière éliminer d'ici quelques semaines, en même temps que l'adoption de son projet de loi 10 à l'Assemblée nationale?

Il se dégage de cette mise en tutelle une odeur entêtante de règlement de compte.

On le sait, les tensions étaient vives entre le ministre Barrette et le président du conseil d'administration du CSSS de Gatineau, Bruno Bonneville.

Au cours des dernières semaines, M. Bonneville ne s'est pas privé de critiquer la réforme Barrette. Il prétendait que le projet de loi 10 était axé non pas sur le patient, mais sur le ministre lui-même.

«Le ministre s'arroge tellement de pouvoirs, il sera comme un deuxième premier ministre. Il va gérer 50% du budget de la province», disait M. Bonneville.

En tout cas, hier, il n'y avait plus guère de doute sur celui qui détient réellement le pouvoir.

Là-dessus, le ministre Barrette a eu le dernier mot...

Sur le débat de fond, il est difficile de savoir qui a raison.

D'un côté, on a un ministre Barrette qui se dit fatigué de contempler une prétendue «culture du déficit» dans le système de santé à Gatineau. Et qui a décidé, coûte que coûte, d'imposer ses réformes. Sur la base de certaines études, il croit possible de faire les coupes sans toucher aux services aux patients.

De l'autre, on a - on avait devrais-je dire - un conseil d'administration qui refusait de se soumettre aux diktats du déficit zéro. À la tête du CSSS de Gatineau, Bruno Bonneville prétendait que son conseil d'administration avait fait l'impossible pour absorber les compressions imposées par Québec. Mais il se disait incapable d'atteindre l'équilibre budgétaire en 2015. Pour couper davantage, disait-il en septembre dernier, «il faudrait prendre des mesures beaucoup plus radicales qui auraient un impact direct sur les services à la population.»

Alors qui dit vrai? Le ministre ou le président du CSSS?

Difficile d'y voir clair.

Surtout qu'il y a en toile de fond de ce débat toute la question du sous-financement du système de santé en Outaouais. Un débat de chiffres inextricable...

J'en reviens toujours à la même chose. Et le patient, là-dedans? Est-il le dindon de la farce ou y gagne-t-il au change?

Chose certaine, on aura beau dire que les compressions ne touchent pas les services aux patients, j'en doute.

On a déjà commencé à sabrer ici et là. Juste avant Noël, on a fermé discrètement deux des trois centres de jours à Gatineau.

On y aidait des personnes âgées et des malades à rester autonomes, tout en donnant du répit aux proches aidants.

Des soins qui coûtent cher, certes, mais qui permettent, à long terme, d'éviter d'encore plus coûteuses hospitalisations.

C'est surtout de ce genre de choses qu'il devrait être question dans le débat actuel sur le système de santé.

Mais on entend très peu parler de ces enjeux.

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