L'étranger des Mongols

Arrivé en touriste parmi la tribu des Dukhas,... (Courtoisie, Nicolas Rasiulis)

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Arrivé en touriste parmi la tribu des Dukhas, Nicola Rasiulis a peu à peu gagné leur confiance. «Là-bas, ils m'ont appelé «Barbe», raconte-t-il en lissant la longue barbe touffue qu'il a conservée depuis son retour.

Courtoisie, Nicolas Rasiulis

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Pendant quatre mois, Nicolas Rasiulis a partagé le quotidien d'une tribu d'éleveurs de rennes dans les contrées reculées et sauvages de la Mongolie.

Arrivé en touriste parmi les Dukhas, le grand gaillard de 23 ans d'Ottawa a peu à peu gagné leur confiance au point de se voir confier, un jour, la responsabilité d'un troupeau de 32 bêtes.

De la part d'une toute petite peuplade qui vit presque exclusivement de la viande et du lait de ses bêtes, c'est la marque de confiance suprême.

«Là-bas, ils m'ont appelé Barbe», dit-il en lissant la longue barbe touffue qu'il a conservée depuis son retour de la Mongolie, à la mi-décembre. Un mot qu'il répète dans le dialecte des Dhuka, appris durant son périple.

Ces jours-ci, Nicolas renoue avec la civilisation. Et le confort douillet de son lit. Pendant plusieurs semaines, il a dormi sous la tente, à même le sol, par des températures de -20 à -30°C... «Bah, j'aime le froid», affirme sans rire le jeune homme.

Nicolas était parti avec la vague idée de s'inspirer du mode de vie des Mongols pour sa thèse de maîtrise en anthropologie à l'Université d'Ottawa. Il a plutôt redécouvert, dans le froid de la taïga sibérienne, les vertus de l'amitié et de l'entraide.

Il a partagé intensément le mode de vie nomade des Dhukas, vivant sous la tente, se nourrissant presque exclusivement de pain et de viande de renne. Il a chevauché des journées entières à dos de renne dans les montagnes enneigées. Avec les hommes de la tribu, il a dépecé les bêtes destinées à nourrir le village.

«L'hiver, on tuait des chevaux et on en découpait la chair pendant des heures et des heures, dehors. On avait les mains pleines de sang. J'avais si froid que j'enfonçais mes doigts dans la chair de l'animal pour les réchauffer. Mais eux, ils riaient, totalement insensibles au froid. Ils disent qu'un homme n'a pas besoin de feu pour se réchauffer. Oui, ils sont un peu crâneurs. Mais ils ont raison. Ils sont vraiment tough!» raconte Nicolas.

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Nicolas est parti d'Oulan-Bator, la capitale, pour se rendre dans les contrées sauvages du nord de la Mongolie. Douze heures d'autobus sur la «plus crazy offroad de la Mongolie», rigole-t-il.

Arrivé chez les Dhukas, il s'est installé comme un simple touriste. Puis il a gagné leur confiance en tentant de se rendre utile. Au début, il coupait du bois et allait chercher de l'eau pour les femmes de la tribu. Les hommes, il les a amadoués avec du tabac qu'il partageait avec eux.

«Avec les jeunes, on a écouté des films sous la tente, pendant des nuits entières, sur une télé à écran plat alimentée par une batterie de char», raconte-t-il.

Nicolas en connaît un bout côté survie. Il est guide de canot. Le genre capable de survivre pendant un mois dans le Grand Nord. Mais rien ne l'avait préparé à la rigueur du climat mongol. «Là-bas, j'étais redevenu un enfant», dit-il.

Il a donc beaucoup appris au contact de ses nouveaux amis. «Ils sont capables de tout faire. Bâtir une cabane, découper un animal, briser une vieille télé pour en récupérer le cuivre. Ils font des manches de hache, des trappes à souris. Ils sont incroyablement habiles de leurs mains.»

Il a surtout découvert un peuple qui s'entraide. Une tribu qui vit serrée autour du poêle dans les tipis, les yourtes et les cabanes.

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Est-ce qu'ils t'ont vraiment accepté, Nicolas?

«Oui, dit-il après un moment.

«Après un certain temps, ils ont commencé à m'inviter à manger avec eux. Il y avait cette petite fille qui m'aimait bien. Et un jour, devant tous les autres, elle m'a nommé: l'étranger-grand frère.

«Les autres m'ont taquiné. Ils m'ont dit: tu as entendu ce qu'elle a dit? Grand frère, dans leur langue, c'est un signe de respect et d'amour.

«À la fin, ils m'ont donné des cadeaux. Et une ride d'enfer en moto. Pour eux, j'étais toujours un étranger. Mais je n'étais plus un touriste.

«J'étais devenu... leur étranger.»

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