Une belle mort?

Aux yeux du Dr Richard Smith, le cancer... (Photothèque Le Soleil)

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Aux yeux du Dr Richard Smith, le cancer est la meilleure manière de mourir dans le contexte d'une population vieillissante. Entre autres parce qu'il laisse le temps au malade d'apprivoiser l'idée de sa propre mort et de dire adieu à ses proches.

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Mourir du cancer, la plus belle mort qui soit? En lisant les déclarations de cet éminent médecin britannique, j'ai pensé à mon beau-père sur son lit de mort, à sa lente agonie, à son visage livide et méconnaissable des derniers jours.

C'est une belle mort, ça?

Les propos du DrRichard Smith, ex-éditeur du prestigieux British Medical Journal, ont fait scandale outre-Atlantique. Surtout parce qu'il a ajouté, du haut de sa chaire, qu'on devrait cesser de gaspiller des millions à chercher une cure contre le cancer.

Aux yeux du DrSmith, le cancer est la meilleure manière de mourir dans le contexte d'une population vieillissante. Entre autres parce que cette maladie laisse le temps au patient d'apprivoiser l'idée de sa propre mort et de dire adieu à ses proches.

Le décès par cancer lui semble en tout cas préférable aux trois autres grandes causes de mortalité de nos sociétés modernes qu'il s'est attardé à comparer entre elles.

La mort par démence est la pire à ses yeux, car elle revient à effacer tranquillement un être humain de la surface de la terre. La mort à la suite d'une défaillance - cardiaque, rénale ou pulmonaire - n'est guère mieux. Elle vous condamne à passer vos derniers jours à l'hôpital avec une qualité de vie médiocre.

Quant à la mort subite, elle épargne des souffrances au principal intéressé, mais elle laisse les proches du disparu avec un choc difficile à surmonter. Le DrSmith a écarté la mort par suicide de son analyse. Mourir du cancer reste donc la meilleure option.

«Avec le cancer, vous pouvez dire au revoir, réfléchir sur votre vie, visiter pour la dernière fois un endroit significatif. C'est, je le reconnais, une vision romantique de la mort. Mais c'est faisable avec de l'amour, de la morphine et du whisky», écrit-il dans l'entrée de blogue qui a enflammé la Grande-Bretagne.

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«Qu'est-ce qu'il a vécu, lui, pour dire une affaire de même!?» s'emporte Nicole (nom fictif).

La très grande majorité des gens qui viennent mourir à la Maison Mathieu-Froment-Savoie de Gatineau souffrent d'un cancer. Vécue de près, la maladie n'a rien de romantique. Et les propos du DrSmith ont suscité de vives réactions.

Voilà plusieurs semaines que Nicole veille sur son père malade. Atteint d'un cancer au cerveau, l'homme de 80 ans n'est plus que l'ombre de lui-même. Si elle avait le DrSmith devant lui, elle lui dirait sa façon de penser. «Venir dire que le cancer est la plus belle mort, non, désolé! Je trouve déchirant de voir mon père partir à petit feu. C'est inhumain. L'idée qu'avec un cancer, tu peux dire au revoir, régler des choses, c'est de la poudre aux yeux. On a toute la vie pour dire aux personnes qu'on les aime. Si tu ne le fais pas avant, tu n'en seras pas plus capable sur son lit de mort.»

Au contraire, Suzanne Fitzback était d'accord avec les propos du DrSmith. «Avec le cancer, tu as le temps de faire tes adieux, de régler des conflits, dit celle qui travaille en soins palliatifs depuis 20 ans. Si j'avais à mourir, j'aimerais être entourée des gens que j'aime. Je trouve que c'est un beau cadeau qu'on se fait. C'est une opinion personnelle, rien de plus.»

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Le DrSmith a nuancé ses propos après le tollé.

Il a soulevé un bon point en constatant que les résultats de la recherche contre le cancer ne sont pas toujours à la hauteur des ressources considérables qu'on y consacre. Ainsi, certains remèdes miracles ne prolongeraient que de quelques semaines la durée de vie des malades. Il en conclut que cet argent serait mieux investi ailleurs.

Il se félicite aussi d'avoir provoqué un débat sur la mort. «Nos sociétés modernes sont handicapées par le déni de la mort, alors que c'était une question centrale dans la vie de nos ancêtres», regrette-t-il.

C'est là qu'il s'égare, je trouve.

Car ramener la discussion à une liste des meilleures et des pires façons de mourir ne fait que perpétuer l'illusion que la mort peut être contrôlée et vaincue.

Or, le moment venu, il n'y aura pas de liste. Ni vous ni moi n'aurons le luxe de choisir la façon dont nous allons mourir.

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