En attendant la balle perdue

En 2014, 49 fusillades ont eu lieu sur... (Photo archives La Presse)

Agrandir

En 2014, 49 fusillades ont eu lieu sur le territoire de la ville d'Ottawa.

Photo archives La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Est-ce qu'Ottawa est en proie aux gangs de rue?

Avec 49 fusillades en 2014, Ottawa n'est peut-être pas plus violente qu'avant, comme le prétend, statistiques à l'appui, le criminologue Ronald Melchers. Mais il reste que de fréquents échanges de coups de feu dans les lieux publics finissent par miner le sentiment de sécurité de la population.

À notre question du jour cette semaine, 62% des gens ont répondu qu'ils ne se sentaient pas en sécurité après une troisième fusillade en quatre jours dans les rues de la capitale fédérale. Bien que cette statistique n'ait aucune valeur scientifique, elle reflète quand même une évidence.

On peut dire tant qu'on veut qu'il y a moins d'homicides, moins de voies de fait, moins de crimes violents contre la personne à Ottawa, il reste qu'un gars qui tire des coups de feu dans un centre commercial ou dans une rue du centre-ville, ça fait peur.

Le plus alarmant, c'est que le phénomène est en hausse

à Ottawa.

Une vingtaine de gangs se partagent le territoire de la capitale fédérale qui serait dominé largement par les Crips et les Bloods. Environ 85% des fusillades comptabilisées cette année portent la signature de ces groupes. À titre comparatif, la Ville d'Ottawa n'avait observé que 30 échanges de coups de feu en 2013...

Comme chaque fois qu'une fusillade se produit, il se trouve un élu pour dire que ces attaques visent des membres des gangs de rue et ne sont pas dirigées contre le public.

C'est censé nous rassurer, j'imagine.

Malheureusement, le «public» n'est jamais à l'abri d'une balle perdue.

Plus de fusillades, c'est plus de risques de faire des victimes collatérales.

Surtout que les gangs de rue ne font pas dans la dentelle lorsqu'il s'agit de passer un message à quelqu'un.

•••

À Toronto, où la guerre des gangs fait aussi des siennes, les échanges de coups de feu sont en baisse de 17% depuis 2001.

Les autorités publiques ont réagi après des épisodes particulièrement meurtriers en 2012, notamment au Centre Eaton et à Scarborough.

Pour contrer le phénomène des gangs, le maire Rob Ford avait avancé une solution toute simple: faire travailler les jeunes. «Le meilleur programme social, c'est l'emploi, c'est ce que j'ai toujours dit», clamait-il après une fusillade ayant fait deux morts et 23 blessés à Scarborough.

Le maire Ford n'avait pas tort.

La police ne peut contrer, seule, les gangs de rue. Son rôle est d'arrêter les individus les plus violents et de les mettre en prison au plus vite. De ce côté-là, la Police d'Ottawa a réagi promptement cette semaine en renforçant les effectifs de l'Unité des armes à feu et des bandes de rues.

La victoire se remporte toutefois sur un autre front. La recette du succès, c'est d'agir avant que les jeunes soient tellement enfoncés dans le crime qu'ils en deviennent irrécupérables.

Et là, on parle de programmes pour donner de l'emploi aux jeunes des milieux défavorisés. De programmes pour mieux coordonner les actions de la police et des services sociaux. De moyens pour intervenir rapidement dans la vie d'un jeune à risque, qui grandit dans un contexte de violence domestique, d'alcoolisme, d'abus sexuel...

C'est à ces jeunes-là que les gangs de rue font miroiter l'espoir d'une vie meilleure, avec de l'argent, des filles et de la drogue en masse. La bataille contre les gangs de rue se gagne en amont, en rendant ces jeunes moins vulnérables aux attraits d'une vie criminelle.

Quand des élus disent que les attaques ne sont pas dirigées contre des membres du public, ils oublient un peu vite que la victime a beau être membre d'un gang de rue, elle est aussi membre du public.

D'accord, on ne parle pas d'un citoyen modèle. Mais d'un citoyen quand même, qui a une famille, des amis...

Comme l'a bien résumé le conseiller Eli El-Chantiry, il faudra plus que les gros bras de la police pour venir à bout des gangs. La communauté doit aussi s'organiser et s'investir davantage.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer