Une famille trop nombreuse

François Roy, de Logemen'Occupe, tente par tous les... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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François Roy, de Logemen'Occupe, tente par tous les moyens d'aider la famille Minani à se trouver un logement d'ici la semaine prochaine

Patrick Woodbury, LeDroit

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Une famille de 7 enfants menacée d'éviction en plein temps des Fêtes, à Gatineau...

Pas à dire, François Roy de Logemen'Occupe a le tour d'attirer l'attention des médias sur les cas particulièrement pathétiques.

C'est ainsi que des journalistes se sont retrouvés dans le salon de la famille Minani, hier matin. Voilà un an qu'ils vivent entassés à 9 dans un petit logement de trois chambres à coucher du secteur Hull.

Le ménage a jusqu'à mardi prochain pour se trouver un nouveau toit. Après quoi, la propriétaire, qui leur a déjà accordé plusieurs reports, menace de les mettre à la porte. Elle a déjà en main un avis d'éviction pour non-paiement de loyer lui permettant de procéder sans attendre.

•••

À l'intérieur du logement, les sept enfants étaient tous assis sagement sur le grand canapé en cuir brun du salon. Des visages noirs comme la nuit. La petite dernière, âgée de 4 mois, babillait sur les cuisses de sa mère. L'aînée, une grande fille de 21 ans, était assise au milieu des autres, un grand foulard coloré noué autour de la tête.

Assis au coin du canapé, le père contemplait le vide, la mine sombre.

Jamais depuis son arrivée au Canada en 2000, Alphonse Minani ne s'est senti aussi impuissant. L'immigré burundais a vécu à Vancouver, Calgary et Sherbrooke avant d'aboutir à Gatineau, il y a un an. « C'est la première fois que je vis une situation pareille », admet-il, anxieux.

M. Minani a quitté son emploi de chauffeur au sein d'une ambassade africaine en novembre. Il refuse de s'étendre sur les raisons de son départ. Mais on comprend, entre les lignes, qu'un conflit de personnalités avec son employeur était devenu intenable.

Bref, Alphonse s'est retrouvé subitement sans salaire et sans prestation d'assurance-chômage. Et donc, incapable de payer son loyer.

La propriétaire a toléré la situation un certain temps avant de prendre des mesures auprès de la Régie du logement. Elle aurait pu procéder à l'éviction dès la mi-novembre. Encore hier, elle a consenti à reporter l'échéance jusqu'à mardi prochain.

•••

Le problème, c'est qu'il n'y a pas de logements abordables assez grands pour la famille Minani à Gatineau.

Alphonse dit avoir cherché et cherché. Il a fait des dizaines d'appels, sans succès. Les propriétaires refusent de louer dès qu'il est question des 7 enfants...

« On me répond non. N-O-N », dit Alphonse, découragé.

Autrefois réputé pour ses familles nombreuses, le Québec les traite maintenant comme des parias... À tel point que les parents doivent mentir pour se dégoter un toit.

C'est d'ailleurs ce que le gestionnaire de leur logement reproche aux Minani : d'avoir caché des choses au moment de signer le bail.

« Ils nous parlaient de trois enfants, et d'un quatrième qui s'en venait. Si j'avais su qu'ils avaient 7 enfants, jamais je n'aurais accepté de leur louer un trois chambres à coucher. Ce n'est pas approprié. Je leur aurais conseillé autre chose », explique Alain Faussurier, directeur administratif chez Gestion Immobilière Versailles.

•••

Alors quoi ?

Alors rien. François Roy continuait de se démener auprès des autorités hier afin d'obtenir une aide financière d'urgence pour les Minani. Ils doivent toucher un premier chèque d'aide sociale le 1er janvier.

J'en entends déjà dire qu'Alphonse n'a pas aidé sa cause en mettant au monde une famille aussi nombreuse. Six de ses sept enfants sont nés au Canada.

Quand j'ai évoqué la chose avec lui, il a eu une réponse sibylline : « Nous vivons par la grâce de Dieu. C'est Dieu qui nous accorde la grâce de vivre. »

N'empêche, je remarque, juste comme ça, que lorsque la maison d'une famille de Papineauville a passé au feu, le week-end dernier, il s'est vite trouvé de bons samaritains pour leur offrir un nouveau toit.

Verra-t-on un tel élan de générosité à l'endroit des Minani ?

C'est vrai, leur maison n'a pas flambé. Et rien dans la loi n'empêche un propriétaire d'évincer un locataire en plein hiver.

« Pourtant, grince François Roy, y'aurait un chien qui traînerait dans la rue que tout le monde se mobiliserait pour lui trouver une niche. »

Là, je dois admettre qu'il n'a pas totalement tort.

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