La fin du Québec Dream

Lansana Laho Diallo partage son temps entre la... (Étienne Ranger, LeDroit)

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Lansana Laho Diallo partage son temps entre la Guinée et Gatineau. À Conakry, la capitale, il enseigne la médecine et soigne des malades.

Étienne Ranger, LeDroit

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Quoi, il y une pénurie de médecins en Outaouais?

Quand j'ai téléphoné à un neurologue pour prendre rendez-vous, mercredi soir, j'ai pourtant obtenu une rencontre... pour le lendemain matin.

Je m'y suis d'ailleurs présenté un peu en retard, vaguement honteux de faire perdre du temps à un éminent spécialiste.

Mais il ne s'en est pas formalisé une seconde.

Il m'attendait patiemment, assis à la table d'un restaurant McDo de Gatineau.

Lansana Laho Diallo est un médecin spécialisé en neurologie, originaire de Guinée, en Afrique. Je le rencontrais pour parler de l'épidémie d'Ebola qui a décimé son pays. Mais la conversation a dévié sur son cas personnel.

Il se trouve que le Dr Laho, qui réside au Canada depuis 2012, aimerait pratiquer au Québec. Et parions qu'un hôpital, quelque part, ne cracherait pas sur les services d'un neurologue.

«Je suis arrivé ici avec l'idée de travailler dans mon domaine. Quand vous faites le choix d'émigrer ici en tant que travailleur qualifié, c'est pour apporter un plus dans la vie de votre communauté.»

Voilà donc un médecin avec 15 années de pratique derrière le stéthoscope, qui a travaillé dans des hôpitaux en Afrique et en France, qui détient deux maîtrises, a publié des études dans des revues spécialisées, et pris part à je ne sais combien de congrès internationaux.

Il rêvait de pratiquer la médecine au Québec, mais il a déchanté.

Les exigences du Collège des médecins sont telles, à ses yeux, qu'il a décidé de s'orienter ailleurs. Il juge «discriminatoires» les conditions liées à l'obtention d'un permis d'exercice, tout en décriant le «lobby» québécois qui mettrait des bâtons dans les roues des médecins en provenance de l'étranger.

«Je n'ai jamais été accepté dans la structure québécoise. Il me faudrait passer les trois types de concours. J'en aurais, au minimum, pour trois ans d'étude. Si avec tout ce que j'ai comme bagage, on me demande encore de passer des examens comme si je venais de commencer la médecine, je trouve qu'il y a lieu de rendre service... ailleurs.»

Alors ces jours-ci, il partage son temps entre la Guinée et Gatineau. À Conakry, la capitale, il enseigne la médecine et soigne des malades. À Gatineau, il poursuit des études en administration publique à l'ÉNAP, avec une spécialisation en évaluation des programmes.

Avec un tel diplôme, il pourra envisager de travailler pour des institutions internationales comme l'Organisation mondiale de la Santé. «La formation, je ne la fais pas uniquement pour trouver du boulot au Canada», dit-il.

Une chose est claire, le DrLaho a mis une croix sur son Québec Dream...

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Mais revenons à l'Ebola. Dans l'hôpital de Conakry où M. Laho travaille, un patient s'est présenté avec une forte fièvre en avril dernier.

À ce moment-là, personne ne se doutait que l'Ebola effectuait un retour en force. On a traité le patient sans prendre de précautions particulières.

Deux médecins et quatre infirmières ont été contaminés par le virus et en sont morts dans les jours qui ont suivi. Sans compter huit membres de sa famille qui ont touché à sa dépouille par la suite.

C'est comme ça que l'épidémie a démarré, en Guinée.

On peut imaginer tous les efforts que les autorités médicales ont dû faire, par la suite, pour regagner la confiance de la population dans ses institutions de santé.

Le DrLaho va discuter de tout cela lors d'un événement «Solidarité contre Ebola» organisé par l'Amicale des Guinéens de la capitale nationale, dimanche après-midi.

L'idée, c'est de démystifier l'Ebola auprès de la communauté d'ici qui comprend de nombreux ressortissants de la Guinée, de la Sierra Leone et du Liberia, les trois principaux pays touchés par la dernière vague du virus.

«L'idée, c'est d'éviter la stigmatisation des victimes de l'Ebola. Et aussi de sensibiliser les familles sur les mesures à prendre si un de leurs proches, en provenance de l'Afrique, affiche les symptômes de la maladie.»

Ça se déroulera à compter de 15h, dimanche, au centre communautaire Yvon-A. Grégoire de Gatineau. On nous promet la présence de Miss Guinée Canada 2014, porte-parole de l'événement.

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