Le mystère du HMS Erebus

En voyant l'épave du HMS Erebus, Marc-André Bernier... (Étienne Ranger, LeDroit)

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En voyant l'épave du HMS Erebus, Marc-André Bernier a eu le souffle coupé. «C'était littéralement comme regarder 170 ans en arrière.»

Étienne Ranger, LeDroit

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Quand le Gatinois Marc-André Bernier a vu la silhouette fantomatique de l'épave émerger des profondeurs glaciales du détroit de Victoria, dans l'Arctique, il a su qu'un mystère vieux de près de deux siècles était sur le point d'être éclairci.

Depuis 2008, le chef de la section d'archéologie subaquatique de Parcs Canada prend part, avec son équipe de plongeurs, à des expéditions financées par le gouvernement du Canada et par le privé pour retrouver les épaves du HMS Erebus et du HMS Terror.

Les deux navires ont disparu avec leur équipage de 129 marins et officiers dans des circonstances mystérieuses, en 1845, lors de la célèbre expédition de Sir John Franklin pour découvrir le passage du Nord-Ouest.

Toutes les expéditions menées depuis pour retrouver les épaves se sont butées à un échec. La dernière fois que les deux navires de Franklin ont été vus, c'est alors qu'ils pénétraient dans la baie de Baffin... au mois d'août 1845.

D'après les témoignages des Inuits et d'un manuscrit découvert dans un cairn de pierre, on sait que les deux navires ont été piégés par les glaces. Que des membres de l'équipage ont péri du scorbut, d'une intoxication au plomb, de la faim, de pneumonie... Que pour survivre, des survivants se sont adonnés au cannibalisme.

Pour dissiper le reste du mystère, on comptait sur la découverte des deux épaves.

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Or, l'épave était là.

Juste sous les yeux de Marc-André Bernier.

À travers les bulles qui s'échappaient de son scaphandre autonome, il pouvait admirer la robuste silhouette du navire posé sur le fond de la mer, à moins de 11 mètres de profondeur. Admirablement conservé malgré le passage du temps.

Quelques jours plus tôt, c'était en septembre dernier, l'épave avait été repérée sur l'écran sonar d'un des navires de l'expédition.

Les plongeurs de Parcs Canada ont été les premiers à poser les yeux sur l'épave depuis... 1845.

Marc-André Bernier a eu l'impression, comme Napoléon en découvrant les pyramides, que l'Histoire le contemplait du haut du pont éventré du navire.

«La scène était comme figée. Rien n'avait bougé, tout était resté en place. C'était littéralement comme regarder 170 ans en arrière.

«Sans tomber dans le spirituel, l'endroit était habité. Il y avait une présence à cet endroit. Tu détectais la présence de l'équipage, les endroits où les marins mangeaient, où ils faisaient des manoeuvres... Tu penses à tout ce que ces hommes ont vécu. La maladie, le froid, la faim, les décisions qu'ils ont prises pour survivre.

«Quand je pense à tout ce qu'on va pouvoir apprendre à partir d'un navire en aussi bonne condition. On a juste hâte d'y retourner.»

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Friand d'histoire lorsqu'elle est de nature à fouetter le patriotisme canadien, le gouvernement Harper a fait grand cas de la découverte de ce qui allait s'avérer le HMS Erebus.

L'expédition de Franklin a servi à cartographier le Grand Nord et est considérée comme un des éléments fondateurs du Canada. Un peu comme la bataille de Vimy, tiens.

Pour l'instant, il n'est pas question de remonter à la surface le HMS Erebus, mais plutôt de documenter et de photographier les lieux. «Comme une scène de crime», image M. Bernier.

L'emplacement du HMS Erebus est gardé jalousement secret. On craint les pilleurs d'épave. Pour l'instant, le navire n'a rien à craindre, protégé qu'il est par une épaisse couche de glace.

Les huit plongeurs de Parcs Canada ont ramené la jolie cloche du navire qui est conservée dans un laboratoire du chemin Walkley à Ottawa.

Marc-André Bernier ne s'est pas aventuré à l'intérieur. Tout au plus s'est-il laissé flotter sous les planches éventrées du pont supérieur. Il n'a pas vu d'ossements humains. Mais il se pourrait très bien que le navire soit un lieu de sépulture. «Avant que le navire ne coule, en 1850, des Inuits ont pénétré dans le navire. Ils y ont vu le cadavre d'un Blanc. Ils rapportent aussi avoir vu des pas, de la fumée qui s'échappait du navire, une planche qui descendait du pont vers la glace...»

L'Erebus n'a pas fini de dévoiler ses mystères. Ni le Terror d'ailleurs, qu'on ne désespère pas de découvrir.

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