Tant pis pour les statistiques

N'allez pas dire à Benoît Ouellet que les médecins de famille ne travaillent... (Photothèque Le Soleil)

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N'allez pas dire à Benoît Ouellet que les médecins de famille ne travaillent pas assez au Québec. Certaines semaines, il ne voit presque pas sa femme, omnipraticienne à Gatineau.

Dimanche dernier, quand sa fille de 19 mois lui a demandé pourquoi sa maman n'était pas avec elle à la fête de Noël de la garderie, Benoît a soupiré: «Ma cocotte, maman est au travail.»

De son propre aveu, c'est la phrase qu'il lui répète le plus souvent depuis sa naissance.

Comme bien d'autres médecins de famille, Danielle Marceau partage sa pratique entre l'hôpital de Hull et la clinique.

La semaine dernière, elle était de garde à l'unité de soins palliatifs de l'hôpital de Hull. Sept jours de travail d'affilée, sur appel 24 heures par jour.

Et la semaine a été particulièrement... pénible. Plus de 60 heures de travail, sans compter les consultations nocturnes qui ne sont pas facturées ni la paperasse à remplir.

Mercredi a été la pire journée de toutes.

Benoît raconte: «À peine rentrée à la maison vers 19h, ma conjointe a reçu un appel de l'hôpital. Et hop, de retour au travail jusqu'à 20h30. Elle revient au bercail autour de 21h. Nouvel appel, elle retourne à l'hôpital jusqu'à 23h. C'est sans compter les deux ou trois appels par nuit qu'elle a reçus depuis lundi...»

Des heures de fou, des nuits interrompues... Tout ça, alors que Danielle est enceinte de 20 semaines.

Leur choix de vie, Benoît Ouellet et sa conjointe l'assument pleinement. Ils ont arrangé leur vie familiale autour de l'horaire forcément un peu débile d'un médecin qui oeuvre dans un système de santé débordé de partout.

Mais ces jours-ci, le couple a envie de hurler en écoutant les nouvelles.

La profession de médecin de famille n'a pas trop la cote depuis l'affaire de primes perçues en trop par le ministre Yves Bolduc.

Et puis vendredi, lors de son passage à Gatineau, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, est venu en rajouter une couche en alléguant, statistiques à l'appui, qu'une majorité de médecins de famille ne travaillaient pas assez.

Tout juste s'il ne les a pas traités de paresseux.

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Benoît Ouellet a réagi par une lettre enflammée à ma chronique de samedi sur le projet de loi 20 du ministre Barrette.

Il trouvait que je jouais le jeu du ministre en demandant des comptes aux médecins. Il allègue que même les médecins qui travaillent, comme sa conjointe, seront pénalisés. Danielle risque de perdre jusqu'à 30% de son salaire avec le projet de loi.

«Vous dites que le projet de loi 20 n'est rien d'autre qu'une refonte en profondeur des AMP (les activités médicales particulières, comme le travail en urgence ou auprès de gens vulnérables)? Ah oui? Parce que ce que j'ai lu, c'est que ma conjointe devra continuer à faire de l'hôpital en plus de voir 1000 patients. Le reste du temps, elle travaille cinq jours par semaine en clinique, et parfois la fin de semaine au sans rendez-vous.

«Sa journée de 15 heures, mercredi dernier, ne comptera que pour une seule journée travaillée dans les statistiques du ministère. Pourtant, à mon travail et au vôtre probablement, ce serait l'équivalent de presque deux.

«La journée qu'elle passe à remplir de la paperasse pour ses 625 patients n'est pas non plus comptabilisée dans les statistiques du ministère comme une journée travaillée.

«Elle prend trois semaines de vacances par année. Le projet de loi 20 coupera son salaire de 30%. Trouvez-vous que ma conjointe en donne pour leur argent aux contribuables québécois?» s'emporte-t-il.

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Danielle Marceau a ressenti indignation et colère en entendant les propos du ministre Barrette. «Dans le contexte où tu mets beaucoup d'heures dans ton travail, que ta famille passe en deuxième et que tu te fais couper 30% de ton salaire parce que tu es jugé paresseux ou inefficace... J'adore mon métier, mais je te jure, des fois je me demande pourquoi j'ai choisi celui-là!»

Le ministre voudrait que les médecins voient plus de patients. Mais la réalité, c'est que soigner prend parfois... du temps. Et tant pis pour les statistiques. «Un patient qui pleure dans ton bureau, tu ne le jettes pas dehors sous prétexte que la consultation est finie», dit-elle.

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