Le droit à l'aventure

Anick Côté et son amie Annabelle Matte partent... (Patrick Woodbury, LeDroit)

Agrandir

Anick Côté et son amie Annabelle Matte partent le 30 décembre pour la Bolivie.

Patrick Woodbury, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

Voilà plusieurs années qu'Annabelle Matte cherchait à participer à un stage de coopération internationale à l'étranger.

Sans lui opposer un refus catégorique, les organismes qu'elle approchait lui faisaient comprendre que, non, ils n'étaient pas vraiment intéressés...

C'est un peu l'histoire de sa vie, à Annabelle.

La plupart du temps, elle doit se battre pour prouver qu'elle est capable d'accomplir de grandes choses.

Malgré son handicap.

La jeune Gatinoise de 23 ans est atteinte de paralysie cérébrale et se déplace en marchette.

Ça ne l'a jamais arrêtée et les réticences qu'elle rencontre sur son chemin ne la surprennent plus.

«C'est un peu ça dans toutes les facettes de ma vie, raconte-t-elle. Tiens, ces jours-ci, je suis en recherche d'emploi. Quand tu te présentes en entrevue, en marchette, ça se voit dans leur regard qu'ils ne veulent rien savoir de toi. Et c'est difficile de te vendre quand tu pars avec un tel préjugé défavorable.»

On l'écoute, et on s'attendrait à déceler un brin de révolte dans sa voix. Mais non, elle dit tout cela d'une voix douce, posée, mais étonnamment persuasive. La voix qu'elle emprunte pour faire valoir son droit sacré à réaliser ses rêves.

---

Annabelle, diplômée universitaire en psychologie, avec une spécialisation en criminologie clinique à l'UQO.

Son dada, c'est la relation d'aide. Et quoi de mieux, pour apprendre à aider les autres, qu'un voyage humanitaire à l'étranger?

C'est ainsi que, sans se laisser décourager par ses échecs précédents, elle s'est inscrite au projet d'Amitié Gatineau Monde.

Créé par Caroline Desrochers, l'organisme offre de courts stages d'initiation à la coopération internationale depuis 2006.

Environ 200 personnes de la région ont participé à des projets au Guatemala, au Nicaragua, au Pérou, au Vietnam et au Burkina Faso.

Le prochain groupe de 15 personnes partait pour la Bolivie.

C'est sa bonne amie Anick Côté qui s'est inscrite la première. Elle a demandé à Annabelle: Viens-tu avec moi?

Annabelle ne s'est pas fait prier longtemps.

---

Mais bon, AGMonde aussi avait des réserves par rapport à Annabelle.

Après tout, on parle d'un périple de trois semaines en Bolivie, un pays en voie de développement... Le voyage comprend la réalisation de travaux de construction dans un orphelinat, de la peinture, des travaux agricoles aussi...

Pour Annabelle, qui a été élevée dans une famille d'entrepreneurs en construction, il n'y a jamais eu de doute. Elle peut peinturer des murs sans problème, et réaliser des travaux manuels.

Mais les organisateurs, eux, n'étaient pas sûrs du tout que ce soit une bonne idée d'amener Annabelle avec sa marchette. Va-t-elle retarder le groupe? Ou, pire, se blesser à l'autre bout du monde?

---

Mais Annabelle était plus déterminée que jamais. «Cette fois-ci, j'avais le temps de me battre pour leur prouver que j'étais capable.»

Et c'est ce que ce diable de petite bonne femme a fait.

Elle a dû se négocier un protocole d'entente avec les organisatrices du voyage. Au départ, les coresponsables voulaient se réserver le droit de décider seules des activités hors de la portée d'Annabelle.

Il a fallu une bonne dose de courage à Annabelle pour s'objecter, elle qui voulait tant partir pour la Bolivie. «Pour certains, il n'y avait rien d'offusquant dans cette entente. Pour ma part, je la trouvais infantilisante, elle favorisait mon exclusion du groupe...»

Annabelle a pris sur elle de rédiger un nouveau protocole. Le protocole «miracle», comme elle dit. Il stipule que les responsables du groupe peuvent l'exclure d'une activité, mais après l'avoir consultée et pour des motifs raisonnables.

Mais ce qui a fait la différence dans la décision finale, c'est l'engagement de son amie Anick. Anick qui a pris sur elle de s'occuper d'Annabelle, de porter ses valises au besoin, de transporter sa marchette dans les escaliers.

Un beau cadeau d'amitié.

«Pour moi, Annabelle n'a jamais été un fardeau et il y a longtemps que je ne vois plus son handicap, raconte Anick, également âgée de 23 ans.

«À deux, on va être capables de suivre les activités du groupe. On a toujours été capables de tout surmonter ensemble. Ce n'est pas parce qu'Annabelle a une limitation physique qu'elle n'a pas le droit de participer à l'aventure.»

Elles partent le 30 décembre pour Vallegrande, en Bolivie.

Bon voyage, les filles.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer