La pression sur les médecins

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Si j'avais un médecin de famille, j'aurais une question à lui poser, drette là, pendant qu'il m'examine le fond des oreilles. «Cou'donc docteur, est-ce que vous êtes de la gang qui travaille ou de la gang qui se pogne le stéthoscope?»

En tout cas, c'est la question qui m'est venue à l'esprit en écoutant vendredi matin le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, défendre son fameux projet de loi 20. S'il est adopté, ce projet viendra imposer des quotas de patients aux médecins de famille.

Comme du temps où il tentait de se faire élire député sous la bannière de la CAQ, le docteur Barrette, maintenant ministre libéral, affirme qu'il ne manque pas d'omnipraticiens au Québec. C'est juste que les médecins qui sont là ne travaillent pas assez. En tout cas, la majorité d'entre eux.

Avec un sens de la pédagogie qui ne cessera de m'étonner de la part d'un personnage qu'on disait rugueux et frondeur, le docteur Barrette a classifié les médecins de famille en deux grandes catégories.

Ceux qui font assez d'heures.

Et les autres médecins, la majorité, qui ne consacrent pas suffisamment de temps à la profession.

D'après les statistiques de son ministère, 60% des médecins pratiquent moins de 175 jours par année...

Si j'avais un médecin de famille, je lui poserais la question, drette là: vous êtes dans quel groupe, docteur? Le 40% qui travaille ou le 60% qui se la coule douce?

***

Avec ce discours qui divise les médecins, le ministre Barrette vient dire tout haut quelque chose qu'on entend dire tout bas depuis des années en Outaouais.

Lorsqu'on parlait aux députés de la région de la pénurie de médecins de famille, on nous chuchotait à l'oreille: «Le problème n'est pas tant le manque de médecins. C'est surtout que ceux qu'on a ne travaillent pas assez...»

Dès qu'on demandait à ces mêmes députés de répéter leurs paroles au micro, ils se rétractaient, sans doute de peur de déplaire aux corporations de médecins.

De toute évidence, le ministre Barrette a décidé qu'il n'était plus temps de ménager les susceptibilités. Les incitatifs implantés pour convaincre les médecins de soigner et prendre en charge davantage de patients n'ont rien donné.

Au contraire, les statistiques du ministère indiquent une baisse constante du nombre d'heures travaillées par les médecins au cours des 15 dernières années, particulièrement en ce qui concerne les médecins de famille.

Voyant que tendre la carotte donnait peu de résultats, le ministre Barrette a décidé de sortir le bâton. Et les médecins qui persisteront à faire le minimum subiront éventuellement des pertes de salaires, a-t-il tranché.

***

L'approche est tout à fait dans le style un peu bully du personnage Barrette.

D'autres que lui auraient sans doute choisi une stratégie moins confrontante.

Car ce projet de loi 20 n'est rien d'autre, en fait, qu'une refonte en profondeur des AMP, les activités médicales particulières...

Les quoi?

Voyez, c'est pour ça que le ministre préfère parler de médecins qui travaillent et de médecins qui ne travaillent pas assez.

Ça a le mérite d'être clair, même si ça a le don de foutre en rogne les médecins de famille qui n'aiment pas se faire faire la leçon par un ancien président de la Fédération des médecins spécialistes.

C'est même populiste, à la limite.

Le ministre Barrette sait trop bien que le bon peuple ne pleurera pas sur les conditions de travail des médecins. Il joue cette carte sans vergogne: «C'est raisonnable ce qu'on leur demande, ce n'est pas de l'esclavage...», a-t-il glissé hier en conférence de presse.

L'approche Barrette a surtout le mérite de mettre la pression sur les médecins eux-mêmes plutôt que sur les organisations de santé, comme c'était souvent le cas par le passé.

Il force les médecins à rendre des comptes sur leurs prestations de service. À eux, maintenant, de démontrer qu'ils en donnent pour leur argent aux contribuables québécois.

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