Drogues et bébelles électroniques

Carolane Campeau, animatrice à la Fondation Jean Lapointe,... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Carolane Campeau, animatrice à la Fondation Jean Lapointe, a rencontré des élèves de secondaire I hier, à l'école secondaire Mont-Bleu.

Patrick Woodbury, LeDroit

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Pourquoi les jeunes consomment-ils de la drogue?, demande l'animatrice.

Dans la classe, une fillette lève la main et répond: «Pour faire partie de la gang, pour ne pas être plate.»

Je les ai trouvés pas mal allumés pour des élèves de secondaire I. J'ignore si leurs parents sont au courant, mais ils en savent déjà plus long qu'on pense sur la consommation de drogues.

Faut dire que dans certains cas, ça ne fait pas deux semaines qu'ils sont arrivés au secondaire, qu'un plus vieux leur a déjà offert un joint de pot.

L'animatrice: qu'est-ce que tu réponds si tu sens de la pression pour prendre de la drogue?

Une fillette a levé la main. «Tu dis non et tu t'en vas.»

Sa voisine a levé la main, pour ajouter: «Moi, je dis non, je dis pourquoi je dis non, et je m'en vais!» Tiens-toi, dans les dents. Pas pire pour des 12-13 ans.

Ça se passait hier à l'école secondaire Mont-Bleu de Gatineau.

L'animatrice venait de la Maison Jean Lapointe qui organise des ateliers à travers le Québec pour prévenir les problèmes d'alcool et de drogue en milieu scolaire. Des ateliers qui rejoindront cette année 1650 élèves de secondaire I en Outaouais.

L'atelier porte surtout sur la drogue et l'alcool, mais aussi sur la nicotine ou la caféine contenue dans les boissons énergisantes.

Retour en salle de classe. Une fille, encore, lève la main: «Et si la personne insiste pour que je prenne de la drogue?

- Les trois quarts du temps, la personne rebroussera chemin sans insister, répond l'animatrice. Mais si t'as peur, si tu crains l'intimidation, tu vas voir Karine...»

Karine Lapointe, l'animatrice sociale de l'école, était debout au fond de la classe. Je suis allé la voir: c'est vrai, Mme Lapointe, que des jeunes de secondaire 1 consomment de la drogue? Si jeune?

«Ça arrive, mais on n'a pas de gros cas à cet âge-là.» D'ailleurs, à cet âge-là, on arrive à les détecter rapidement, surtout s'ils sont turbulents en classe.

Ce sont les cas plus lourds, plus désespérés, qui passent sous le radar. Ceux-là, on les récupère en secondaire IV ou V, quand ils sont devenus des «codes rouges». Traduction: mûrs pour la maison de thérapie.

D'où l'idée d'organiser ces ateliers de prévention très tôt, en secondaire I.

«Je ne suis pas ici pour vous faire la morale, a dit l'animatrice à la classe. À l'âge où vous êtes rendus, vous êtes capables de prendre des décisions par vous-mêmes. Mais pour prendre de bonnes décisions, il faut être bien informé.»

«La réalité, c'est que c'est souvent une connaissance, voire un ami, qui vous offrira de consommer. C'est là qu'il sera important de vous rappeler de votre indépendance. À vous de choisir le mode de vie que vous voulez mener.»

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À la toute fin de l'atelier, pour la première fois, un gars a levé la main.

L'animatrice demandait aux élèves de nommer une activité qui leur procure un véritable plaisir, pas un plaisir artificiel comme la drogue ou l'alcool. «Les jeux vidéos!», a dit un gars, tout fier.

Hé boy...

Plus tôt, j'écoutais l'animatrice décrire les effets d'une dépendance sur l'organisme: le désir obsessif, l'irritabilité, l'impatience qui accompagne le manque... Et je pensais à ces jeunes accrocs à leur console vidéo comme un héroïnomane à son prochain fix.

Savez, quand ils n'ont que le iPad en tête, que plus rien au monde ne les intéresse sauf leur téléphone intelligent?

À la Maison Jean Lapointe, ils reçoivent un nombre croissant d'appels là-dessus de la part des écoles. «Vous n'auriez pas un atelier sur la dépendance aux jeux vidéos, par hasard?»

Non, ils n'en ont pas. Entre autres, parce que la recherche scientifique n'est pas concluante.

«Les chercheurs s'entendent pour dire qu'il y a un problème de gestion de temps lié aux bébelles électroniques. Mais est-ce vraiment de la dépendance? Ils sont en train de collecter des données afin de répondre à cette question», m'a expliqué François Poirier, coordonnateur des programmes de sensibilisation à la Maison Jean Lapointe.

Bon. Mais vous nous tenez au courant dès qu'il y a du nouveau, d'accord?

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