De noix et d'austérité

De nombreux manifestants sont venus s'opposer hier à... (Martin Roy, LeDroit)

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De nombreux manifestants sont venus s'opposer hier à la réforme des CJE imposée par le gouvernement Couillard. Ils ont terminé leur marche devant le bureau du député libéral Marc Carrière.

Martin Roy, LeDroit

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C'est une chronique sur l'austérité. Mais elle débute par une histoire.

Dans la vie, le truc qui branche vraiment Francis Meunier, 29 ans, ce sont les noix de Grenoble.

Francis est végétarien. Les noix font depuis longtemps partie de son alimentation. À cause de leur apport en protéines. Mais bon, t'as beau aimer les noix, ça vient lassant d'en manger tous les jours.

Comme il se débrouille en cuisine, Francis a tenté des expériences pour changer l'ordinaire. Il a commencé à assaisonner ses noix. C'est ainsi que sont nées les noix de Grenoble au sirop d'érable, les noix au fromage bleu...

Il a mis au monde une quarantaine de recettes. Et un rêve: celui de lancer une épicerie fine à Gatineau. Il a déjà trouvé un nom: Le Fou des noix.

Il manquait à Francis la rigueur et les connaissances pour mener son rêve à terme. Il l'admet lui-même en soupirant: «Je suis un artiste...»

Un artiste avec une âme d'entrepreneur. Un jour, il s'est retrouvé au Carrefour Jeunesse Emploi (CJE) de Gatineau. Là, il a trouvé de l'aide. Il m'a parlé de Julien et Julie, deux employés du CJE.

Avec leur soutien, il s'est déniché une cuisine commerciale pour concocter ses recettes, du financement pour développer un site Web de vente en ligne, et de précieux contacts intéressés à acheter ses noix.

Francis, le créatif, le jeune entrepreneur qui se cherche, avait l'impression de se rapprocher comme jamais de son rêve.

Mais ces jours-ci, il déchante.

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Francis m'a raconté son histoire devant le bureau du député libéral Marc Carrière, en grelottant dans son manteau de cuir trop léger pour la saison. Il faisait partie des nombreux manifestants venus s'opposer hier à la réforme des CJE imposée par le gouvernement Couillard.

À compter du 1eravril 2015, Québec demande aux CJE de recentrer leur mission sur les jeunes prestataires d'aide sociale ou de l'assurance-emploi. Les autres qui ont des emplois, comme Francis, les jeunes qui habitent chez leurs parents, les décrocheurs de 16 et 17 ans non admissibles à l'aide sociale... Ceux-là devront se débrouiller autrement. Tout comme de nombreux immigrants qui fréquentent les CJE.

Les régions appauvries comme la vallée de la Gatineau ou le Pontiac risquent d'en faire les frais. L'ex-députée libérale du Pontiac, Charlotte L'Écuyer, était de la manif pour interpeller son ex-collègue Marc Carrière. On croyait rêver: Mme L'Écuyer qui s'élève contre les politiques du PLQ? «Mais non, s'est-elle défendue. C'est juste que si la réforme telle que proposée s'applique, c'est notre filet de sécurité sociale qui est compromis dans le Pontiac.»

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Le gouvernement Couillard s'attaque à un autre pan du modèle québécois. Comme dans bien d'autres domaines où il intervient ces jours-ci, il impose ses conditions aux CJE sans consulter le milieu, convaincu de son bon droit. Dans le cas des CJE, l'objectif est clair: remettre au plus vite les jeunes sur le chemin de l'emploi. D'où cette idée de prioriser ceux qui touchent l'aide sociale ou l'assurance-emploi.

C'est faire fi un peu vite de la mission à géométrie variable des CJE. Ces organismes sont venus combler un vide en accueillant des jeunes de tous les horizons qui ne cadraient pas dans les programmes gouvernementaux. La formule née à Gatineau, il y a 30 ans, a été saluée de partout. Le gouvernement Parizeau l'a étendu à l'échelle du Québec, en 1995. Même Jean Charest en faisait l'éloge.

Et là on voudrait chambouler tout cela pour inféoder les CJE aux Centres locaux de développement?

C'est un jeu risqué. L'austérité a parfois de ces effets pervers.

Francis Meunier, par exemple.

Voici un jeune qui veut créer de la richesse et contribuer à diversifier l'économie de l'Outaouais. Deux choses dont on entend beaucoup parler en ces temps d'austérité.

Quelle option s'offre à lui s'il veut continuer à profiter de l'aide du CJE à partir du 1eravril?

Bien oui, il devra se mettre sur l'aide sociale.

Ce qu'il a l'intention de faire. «Je vis de jobines, mais ça ne me rend pas heureux. Je veux travailler sur mon rêve. Si ça veut dire que je dois me mettre sur le BS pour y arriver, je vais le faire.»

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