La claque n'est jamais bien loin

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Le jour où Marie D. a décidé de quitter son mari violent après une relation tumultueuse de 10 ans, il venait de la rouer de coups de sacoche, de la traîner sur la pelouse et de la prendre à la gorge sous le regard terrifié du fils et du neveu.

Même si une partie de l'altercation s'est déroulée à l'extérieur de la maison, pas un seul voisin n'est intervenu. C'est ce qui m'a le plus frappé dans l'histoire de Marie: la connivence muette du voisinage. Qui a feint de ne rien voir pour ne pas avoir de problèmes.

Ce jour-là, même si ce n'était pas la première fois que son conjoint la battait, le déclic s'est fait dans la tête de Marie. Dès qu'elle a pu échapper à l'emprise de son conjoint, elle s'est rendue au poste de police. Et de là, directement à l'hôpital. «J'étais toute cabossée», raconte-t-elle avec un mélange d'humour et de philosophie.

Elle a abouti dans une maison d'hébergement de Gatineau. C'est là que je l'ai rencontrée hier. C'était la première fois qu'un journaliste pénétrait à l'intérieur de cette maison d'hébergement. À plus forte raison, la première fois qu'un journaliste de sexe masculin y faisait son entrée...

Janick Fontaine, porte-parole des sept maisons d'aide et d'hébergement de l'Outaouais, m'avait organisé deux entrevues avec des femmes du centre. «C'est un défi pour elles que de parler de leur vécu à un homme. Elles ont peur d'être jugées», m'a-t-elle prévenu.

Marie donc, qui a accepté de raconter son expérience pour que les femmes battues se sentent moins isolées. «Moi, j'ai vécu avec un conjoint violent pendant 10 ans, avec des épisodes de violence, des séjours à l'hôpital et en maison d'hébergement...»

Après chaque épisode de violence, Marie retournait vers son conjoint. Le coeur de nouveau chargé d'espoir. «C'était comme un cycle. Lors des retrouvailles, c'était la lune de miel, puis l'escalade, pour finir avec la violence physique.»

Un jour, son conjoint lui a mis un couteau sur la gorge. Comme toujours, Marie n'a pas su comment réagir. Elle était paralysée par la peur. La peur qui lui faisait perdre tous ses moyens. Et comme toujours, après l'avoir battue, il lui a demandé pardon. Lui a promis de changer. Il lui a dit qu'il l'aimait.

Qu'il était le seul capable de l'aimer.

Et que si lui cessait de l'aimer, alors personne ne pourrait jamais l'aimer.

Une bonne à rien comme elle, même pas foutue de faire ce qu'on lui dit.

La prochaine claque n'était jamais bien loin.

---

Puis j'ai rencontré Tatiana (nom fictif).

Tatiana qui n'était pas trop sûre de vouloir se confier à un homme après ce qu'elle a vécu. Mais qui l'a fait quand même. Elle aussi pour donner le courage à d'autres femmes d'aller chercher de l'aide.

Tatiana, même pas trente ans et déjà mère de quatre enfants. Le petit dernier a à peine deux mois. D'ailleurs, elle a quitté son conjoint violent quelques jours avant l'accouchement.

Son conjoint qui ne la battait pas, mais qui la dénigrait constamment. Contrôlait le moindre détail de sa vie. Lui disait qu'elle ne pourrait jamais le quitter sans tout perdre du même coup: la garde de ses enfants, l'estime de son entourage et, bien sûr, lui.

Lui, le seul être capable de l'aimer sur la terre entière. Une incapable comme elle.

Sept jours avant l'accouchement du petit dernier, ils se sont chicanés. Il l'a frappée. «Ça a été la première et la dernière fois», a dit Tatiana qui a vu noir. Dans un réflexe, elle est partie à l'hôpital avec sa plus jeune. De là, on l'a mise en contact avec une travailleuse sociale. Et elle s'est retrouvée en maison d'hébergement.

L'accouchement s'est mal passé. À cause du stress sans doute. Le petit a été déclaré mort... avant d'être réanimé. Il a survécu.

Elle me l'a fièrement montré hier. Un petit bout de vie gros comme ma main avec de grands yeux curieux.

Savez quand Tatiana a décroché pour de bon de son conjoint violent? Quand il lui a dit qu'elle était une mauvaise mère.

Ça, elle savait que c'était faux.

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