Le cri du coeur de Paulette

La mairesse Paulette Lalande a réservé un accueil... (Martin Roy, LeDroit)

Agrandir

La mairesse Paulette Lalande a réservé un accueil froid au ministre Pierre Moreau, hier à Wakefield.

Martin Roy, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Mairesse de Plaisance depuis 17 ans, Paulette Lalande a toujours été une fidèle militante libérale. Mais ces jours-ci, elle ne se reconnaît plus dans les actions du gouvernement Couillard.

Au point où elle s'en est ouverte spontanément au ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, qui était de passage en Outaouais hier matin pour une annonce conjointe avec le gouvernement fédéral.

Quand le ministre Moreau s'est pointé à la conférence de presse au centre communautaire de Wakefield, Mme Lalande a consenti à lui faire l'accolade, mais ne s'est pas gênée pour lui exprimer sa façon de penser. «Je ne suis pas contente», a-t-elle lancé, en roulant de gros yeux au ministre.

C'est sorti comme un cri du coeur.

Parions que le ministre Moreau, qui venait de traverser un piquet de manifestants en colère de la FTQ et de la CSN, ne s'attendait pas à recevoir un tel accueil de la part d'une militante de longue date.

C'est mon collègue photographe Martin Roy qui a été témoin de la scène.

Après coup, je suis allé parler à Mme Lalande, histoire d'en savoir plus sur les motifs de son mécontentement.

«Je ne suis pas contente en général. J'ai énormément de difficultés à reconnaître mon gouvernement ces jours-ci. J'ai 73 ans, ça fait très longtemps que je suis avec le Parti libéral du Québec. Je ne reconnais pas mon gouvernement qui avait des valeurs d'équité, de justice, qui était à l'écoute des gens. Ça me fait mal, ça fait si longtemps que je soutiens le PLQ», a-t-elle déclaré d'une traite.

C'est vrai que le gouvernement Couillard y va à fond de train ces jours-ci dans les réformes. Aucun secteur n'est épargné: la santé, les commissions scolaires, les garderies, les régimes de retraite... Le monde municipal, dont fait partie Mme Lalande, n'est pas en reste. Le rapport Robillard propose de retrancher 1,3 milliard dans la cour des Villes.

Tout cela ressemble à 2003, à la grande réingénierie de l'État que voulait orchestrer Jean Charest lors de son premier mandat comme premier ministre du Québec.

D'ailleurs, Mme Lalande, pourquoi êtes-vous fâchée là, aujourd'hui, et ne l'étiez-vous pas en 2003?

Elle a réfléchi un moment avant de répondre.

«Dernièrement, je m'ennuie de Nathalie Normandeau. C'était mon modèle de ministre des Affaires municipales. Jamais elle n'aurait été d'accord avec l'abolition des CRE, des CLD, des Carrefours Jeunesse Emploi qui font la richesse du monde rural. Je m'ennuie de Jean Charest. C'était mon chum, Jean Charest. Je m'entendais bien avec lui, il était parlable. Alors que Philippe Couillard a abandonné le monde rural. Il donne l'impression de n'en avoir que pour les grandes villes: Montréal et Québec.»

---

À bien y penser, il n'y a rien de surprenant à voir des militants libéraux se remettre en question.

Le gouvernement libéral joue allègrement dans les plates-bandes caquistes. Sa réforme des commissions scolaires, ses projets pour réduire la taille de l'État, tout cela semble directement inspiré de la plate-forme électorale de François Legault. Pas étonnant qu'une frange des libéraux s'y reconnaisse plus ou moins.

Il y a de toute évidence une part de calcul politique là-dedans. Le virage à droite des libéraux risque de déplaire à une partie de sa base militante. En contrepartie, cette stratégie vient couper l'herbe sous le pied à la CAQ qui cherche encore à se positionner de manière durable sur l'échiquier politique québécois. L'occasion de donner un coup de volant à droite est d'autant plus belle pour les libéraux qu'ils ne sont guère menacés sur leur gauche, pour l'instant, par un Parti québécois toujours sans chef.

Stratégie ou pas, Paulette Lalande n'est pas à l'aise avec l'attitude rentre-dedans du gouvernement actuel. «J'ai de la misère avec ça. Ce n'est pas mon approche. Moi, c'est le dialogue que je favorise.»

Mais il reste encore plusieurs années avant le prochain scrutin provincial. Philippe Couillard fait sans doute le pari qu'il aura suffisamment de temps, d'ici là, pour regagner les faveurs de militants perplexes comme Paulette Lalande.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer