Les voyages de Vanessa

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

Un voyage par mois, pendant un an. C'est ainsi que Vanessa Majeau a décidé de célébrer ses 25 ans... et de dompter une dépression majeure.

La Gatinoise en est déjà à son septième voyage depuis le mois de juin. Elle repart début décembre pour une croisière dans les Antilles, puis ce sera l'Europe. À la fin de son périple, en mai, elle espère avoir dominé suffisamment son mal de vivre pour cesser de prendre des antidépresseurs.

C'est Vanessa qui nous a écrit pour nous faire part de son projet. J'avoue que ma première réaction a été le scepticisme. Quoi, le voyage comme thérapie pour vaincre la dépression? À première vue, ça me semblait davantage une fuite en avant qu'une volonté de faire face.

Mais cette candidate à la maîtrise en anthropologie de l'Université d'Ottawa n'est pas naïve. Elle ne voit pas le voyage comme un remède miracle. «Je sais bien que les voyages, à eux seuls, ne vont pas marcher. C'est tout le travail autour qui importe», raconte-t-elle.

Voilà plus d'un an maintenant qu'elle consulte un psychologue. Les médicaments l'aident à mieux dormir et à voir la vie d'un oeil plus optimiste. Le seul fait de se sentir assez stable pour voyager est déjà une victoire en soi. «Les voyages, c'est presque une récompense!», dit-elle.

***

Si je vous parle de Vanessa, c'est parce que bien des gens se reconnaîtront dans ses propos.

On croierait que les mentalités ont évolué face à la dépression. Mais dans beaucoup de milieux, c'est encore vu comme un signe de faiblesse. Une honte.

Dans le cas de Vanessa, on parle d'une fille qui a tout pour être heureuse. Une fille brillante qui a toujours performé à l'école. Mais depuis l'adolescence, elle est malheureuse. Sans trop savoir pourquoi. Un mal de vivre indéfinissable, impossible à rattacher à un événement particulier. «Une angoisse existentielle», lui a expliqué son psy.

Une angoisse qui la paralyse. «À l'école, j'ai toujours eu des notes de 98%, mais je ne me sentais pas assez compétente pour réaliser ma maîtrise», illustre-t-elle.

«Je vivais une insécurité omniprésente face à mes capacités. Comme si je ne me sentais pas à la hauteur pour affronter la vie, alors que mes résultats me prouvaient le contraire. Quand j'en parlais, personne ne me prenait au sérieux parce que, somme toute, je réussissais. Mais j'étais malheureuse. Et je me sentais stupide de me sentir malheureuse. Je savais que des gens manquent de tout, alors que moi, j'avais tout. Et je me sentais encore plus mal de me sentir mal!»

Un cercle vicieux, quoi.

***

Pour en revenir aux voyages, elle a décidé de partir sur un coup de tête. «Je me suis demandé: qu'est-ce que je peux faire pour me donner un but dans la vie chaque mois, quelque chose que je ne faisais jamais avant?»

Les voyages, bien sûr. Elle adorait voyager autrefois.

Elle finance ses escapades avec son salaire d'assistante d'enseignement, tout en réduisant ses dépenses au minimum.

Jusqu'ici, elle a surtout voyagé au Canada et aux États-Unis. Boston, New York, Vancouver...

Oui, les voyages ont changé quelque chose. Le goût de profiter de la vie a pris le dessus sur son obsession de la réussite.

«Je me mets moins de pression et je m'en fais moins avec ce que les autres pensent de moi. Je sais que ça sonne quétaine: mais je me sens à l'écoute de moi-même.»

Après son voyage à New York, son chum et elle ont mis fin à leur relation de deux ans. «Normalement, je me serais effondrée. Cette fois-ci, je suis arrivée à me dire que ce sont des choses qui arrivent, que c'est la vie. Juste ça, ça démontre que je suis mieux.»

Les voyages ne guérissent pas la dépression. Mais jusqu'ici, ils ont donné du courage à Vanessa.

Le courage de surmonter sa honte, sa crainte d'être jugée et les regards désapprobateurs. Le courage d'en parler ouvertement, d'en discuter sur la place publique.

Le courage d'entreprendre un voyage intérieur. Le seul qui compte vraiment.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer