Victimes de l'austérité

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Pour nous endormir quand ils font des compressions, les gouvernements nous promettent que les services aux citoyens - ou aux patients, ou aux élèves, c'est selon - seront épargnés.

N'allez pas faire croire une chose pareille à Michèle St-Amour.

Employée d'un CPE de Maniwaki, elle vient de lancer une pétition sur le site de l'Assemblée nationale pour s'opposer à l'abolition des allocations aux services de garde en milieux défavorisés.

Une pétition qu'elle a mise en place avec l'aide du député péquiste de Terrebonne, Mathieu Traversy. «Stéphanie Vallée, députée de notre région, n'a pas voulu appuyer la présentation de ma pétition sous prétexte qu'en tant que ministre, elle préfère s'abstenir de présenter des pétitions à l'Assemblée nationale», regrette Mme St-Amour.

Au centre de sa démarche, on retrouve un pan des mesures d'austérité annoncées par le gouvernement Couillard, soit l'abolition de l'allocation aux services de garde en milieu défavorisé.

C'est une compression de 4 millions, rien du tout à l'échelle du Québec. Mais c'est une autre histoire pour un petit CPE qui ne roule pas sur l'or. Ces coupes signifient un manque à gagner de 30000à 35000$ dès l'an prochain, évalue Mme St-Amour.

Un montant actuellement consacré, souligne-t-elle, aux services directs à l'enfant.

«Le gouvernement s'en prend aux plus démunis avec ces coupures, reprend Mme St-Amour. Il s'en prend à notre avenir, à l'avenir de nos régions. C'est pourquoi, en tant que maman et employée du CPE et du Bureau coordonnateur Réseau Petits Pas à Maniwaki, j'ai décidé de faire tout en mon pouvoir pour faire comprendre à ce gouvernement à quel point il était important de garder nos subventions.»

***

Actuellement, les enfants du CPE Réseau Petits Pas se rendent en autobus, une fois par semaine, au centre des loisirs de Maniwaki. Là-bas, la quarantaine d'enfants peut se dégourdir les jambes et s'épivarder dans une grande salle spécialement aménagée.

L'activité n'est pas aussi innocente qu'elle en a l'air. En fait, les jeux sont pensés pour développer les habiletés motrices des enfants. En un mot, on cherche à les stimuler dans un milieu de vie où les occasions de le faire ne sont pas si fréquentes.

On parle ici d'enfants qui vivent dans une des communautés les plus défavorisées du Québec. Un endroit où règne un fort taux de chômage en raison des fermetures d'usines. De nombreux parents vivent de l'aide sociale et n'ont pas les moyens d'inscrire leur progéniture au hockey ou à des cours de gymnastique.

Dans un milieu pareil, le CPE tente d'en faire un peu plus pour stimuler les enfants, avec les moyens du bord et en collaboration avec le CLSC local.

À compter de l'an prochain, finies les sorties en autobus au centre des loisirs. Face aux compressions imposées par Québec, le CPE a décidé de sacrifier les escapades.

Le plus triste, c'est que le CPE pourrait devoir sabrer aussi dans le soutien pédagogique. Et là, on parle de couper dans les heures consacrées aux enfants avec des besoins particuliers. Les TDAH, les autistes, ceux qui ont du retard de développement... Bref, les enfants qui présentent le plus de risque de décrocher une fois rendus à l'école.

«Ce n'est pas seulement aujourd'hui que nous verrons les répercussions de ces coupures, mais bien dans quelques années, insiste Mme Saint-Amour. Pour la majorité des décrocheurs, les études le démontrent, les problèmes débutent dès la période comprise entre 0 et 5 ans...»

Il est déjà curieux que le gouvernement coupe d'une main dans les subventions aux CPE en milieux défavorisés, tout en investissant de l'autre dans les maternelles 4 ans, destinées justement aux enfants plus démunis.

Je comprends que le gouvernement fait face à des dilemmes pour équilibrer les finances publiques. Mais à Maniwaki, une région qui sera forcée de se réinventer en raison du déclin de l'industrie de bois, il serait tragique d'hypothéquer l'avenir en privant des enfants de ressources dont ils ont cruellement besoin pour bien se préparer à l'école.

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