Fontaine, je boirai de ton eau

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Yves Ducharme dit qu'il a tiré des leçons du passé. Ah oui?

En tout cas, l'ancien maire de Gatineau, qui se lance dans la course à l'investiture du Parti libéral du Canada dans Hull-Aylmer, n'a rien perdu de son arrogance.

Il fallait l'entendre faire peu de cas de son adversaire à l'investiture, Maxime Tremblay, hier sur les ondes du 104,7. M. Ducharme suggérait au conseiller du Plateau d'acquérir un peu plus d'expérience politique avant de s'aventurer dans la cour des grands...

À mon collègue Denis Gratton, il avançait que ses 20 ans d'expérience en politique municipale lui confèrent l'expérience nécessaire pour devenir ministre au sein d'un éventuel gouvernement libéral à Ottawa. «Mais cette décision appartient au chef», concède-t-il dans un sursaut... d'humilité?

À l'entendre parler, c'est comme si l'investiture dans Hull-Aylmer lui était acquise, qu'il avait déjà battu la néo-démocrate Nycole Turmel aux prochaines élections fédérales et que Justin Trudeau était devenu premier ministre du Canada. Pourtant, ce n'est pas gagné d'avance tout ça.

C'est comme si le purgatoire de M. Ducharme lui a fait oublier que malgré ses 20 années d'expérience politique derrière la cravate (qu'on sait maintenant rouge), il s'est fait botter le derrière, et solidement, aux élections à la mairie de 2005.

Lui, le politicien type par excellence, a mordu la poussière contre Marc Bureau, un conseiller qui portait des vestons tout croches, qui bafouillait devant les caméras, et qui écumait les soupers communautaires en espadrilles et en béquilles. Mais qui, contrairement à M. Ducharme, avait la réputation d'être proche des citoyens.

À lire ses commentaires, à l'entendre parler, je ne suis pas sûr que M. Ducharme a compris, dix ans plus tard, que c'est en partie sa suffisance qui l'a éloigné du bon peuple et lui a fait perdre contact avec l'électorat. Ça, et sa proximité avec l'establishment qui a fini par jouer contre lui à une époque où le scandale des commandites faisait les manchettes, semaine après semaine.

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Mais non, ce n'est pas une séance de Ducharme bashing.

Seulement, je ne crois pas, moi, qu'il ait changé tant que cela lors de ces années passées à l'écart de la politique active.

Si gagner à la loto ne change pas le monde, ce n'est pas 10 ans dans la fonction publique qui vont y parvenir.

Yves Ducharme a toujours été un personnage politique flamboyant, qui ne laisse personne indifférent.

Et disons-le, ce long règne plutôt terne de Marc Bureau à la mairie de Gatineau nous a fait regretter certains traits de caractère de M. Ducharme.

Le personnage n'a jamais été ennuyeux et son don pour la formule-choc a toujours fait le bonheur des journalistes.

Alors que Bureau pensait petit et était tourmenté par l'indécision, Ducharme pensait grand, trop grand peut-être, et voulait aller trop vite.

Son impatience créait toutes sortes de frictions, à une époque où la nouvelle Ville tentait de digérer une fusion forcée par le gouvernement.

L'ex-maire Ducharme voulait être partout à la fois.

Tout en se battant avec les syndicats, tout en essayant d'éviter l'éclatement de sa ville menacée par des défusions, Ducharme parcourait le pays et le monde à titre de président de la Fédération canadienne des municipalités et de représentant d'un comité de l'Organisation des Nations unies.

"*

Son intérêt pour les dossiers nationaux et internationaux alimentait la rumeur. On disait qu'il songeait à faire le saut au fédéral.

À l'époque, on se demandait s'il rejoindrait les rangs des libéraux ou bien ceux des conservateurs où siégeait son bon ami Lawrence Cannon.

Quand on lui posait la question, M. Ducharme ne fermait aucune porte et nous sortait une de ses réponses passe-partout dont il avait le secret. «Vous connaissez le proverbe, disait-il aux journalistes. Il ne faut jamais dire: fontaine, je ne boirai pas de ton eau...»

Et bien, le voilà à la fontaine, prêt à s'abreuver.

S'il réalise ses ambitions au fédéral, M. Ducharme aura l'occasion de mettre à contribution ses contacts et sa connaissance de l'appareil gouvernemental. Nul doute qu'il trouverait sur la colline parlementaire un terrain de jeu à sa mesure.

Mais bon, détail non négligeable, il doit d'abord remporter cette soirée d'investiture le 11 décembre prochain.

Puis les élections fédérales en 2015...

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