Les vraies couleurs

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Dans la catégorie des pires choses entendues au conseil municipal de Gatineau, allons-y avec les déclarations de la conseillère Josée Lacasse sur les bibliothèques municipales.

De dire, comme elle l'a fait hier, que les jeunes ne fréquentent plus les bibliothèques à l'ère du numérique prouve surtout une chose: qu'elle n'y met jamais les pieds. Ce qu'elle a d'ailleurs admis candidement à mon collègue Mathieu Bélanger par la suite.

De dire ensuite que les bibliothèques représentent un «luxe» pour une ville comme Gatineau dénote une méconnaissance totale des enjeux liés à ce type d'infrastructure. Elle n'a, de toute évidence, rien compris.

Si elle pense qu'une bibliothèque est un vague entrepôt de livres, elle se trompe. Les bibliothèques modernes créent de la richesse, font office de lieux de diffusion culturelle et d'éveil à la lecture, elles participent au sentiment de fierté et d'identité du citoyen. Ce sont des lieux de rencontre et d'échange pour la population.

Toutes des choses qui font cruellement défaut à Gatineau.

Depuis la fusion, on en a que pour les arénas et les centres sportifs dans cette ville. Pas une cenne n'a été investie dans les bibliothèques. Pas une. Et ça paraît. Allez faire un tour dans une bibliothèque, ça fait dur. Ceux qui disent qu'ils sont satisfaits de ces entrepôts désuets se contentent de peu. Et les autres, ben, ils n'y vont pas.

De toute manière, c'est surtout la légèreté avec laquelle Mme Lacasse aborde le sujet qui me jette à terre. Je connais un ministre, Yves Bolduc, qui s'est fait ramasser pour avoir déclaré, avec la même insouciance, que les bibliothèques scolaires étaient suffisamment garnies. Alors que c'est loin d'être le cas.

Ce genre de déclaration relève, au mieux, de l'ignorance crasse. Au pire, du populisme de bas étage.

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À Gatineau, on a eu droit hier à un autre épisode de cet interminable feuilleton sur le rôle d'une ville. Toujours sous ce même thème récurrent: doit-on investir dans les bibliothèques ou dans l'asphalte? Est-ce qu'une ville doit créer de la richesse ou si son rôle se limite à offrir aux citoyens des rues «lisses, lisses, lisses»?

Si on se fie au vote perdu hier par le maire Maxime Pedneaud-Jobin, l'asphalte a gagné et les bibliothèques ont perdu. Voilà une façon bien pratique de résumer l'affaire.

Mais qui a peu à voir avec la réalité, heureusement.

Dans les faits, les discussions sur le budget portent sur des compressions d'un peu plus de 6 millions sur un budget total de... 547 millions. Autrement dit, les compressions ne représentent pas grand-chose. Une ville comme Gatineau est comme un transatlantique: il faut un sacré coup de barre pour changer le bateau de direction. Comme c'est là, on parle plutôt d'une pichenotte sur le gouvernail.

Et puis dans les faits, Gatineau n'investira pas tout dans l'asphalte l'an prochain. C'est surtout qu'elle n'investira pas autant que prévu dans son centre-ville et dans ses bibliothèques en raison des compressions imposées par Québec.

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Le bon côté de l'affaire, c'est qu'on sait enfin de quoi est fait ce conseil municipal qui n'avait pas été réellement mis à l'épreuve depuis l'élection de Maxime Pedneaud-Jobin.

Si ce n'était de la jambette de Québec, il y a fort à parier qu'on se dirigeait tout droit vers une adoption sans histoire du budget 2015.

Alors que là, le conseil doit revoir ses plans à la dernière minute. Ça donne des déclarations à l'emporte-pièce, des jeux de coulisses et des excès de partisanerie comme ce refus du conseiller Stéphane Lauzon de reprendre un vote indicatif qui s'était conclu par l'égalité.

Cette petite coupure de 6 millions agit comme un révélateur et on apprend à mieux connaître les ressorts de ce conseil municipal.

À certains moments, on dirait qu'il y a deux partis politiques à la table. Le parti du maire avec ses alliés indépendants, et un autre parti non déclaré sous la houlette du conseiller Denis Tassé...

«Prendre nos responsabilités c'est couper dans le luxe et ça, c'est les bibliothèques. Je ne comprends pas pourquoi on veut mettre autant d'argent dans les bibliothèques. Nous sommes à l'ère numérique. Je ne comprends pas pourquoi on veut tant des bibliothèques. Les jeunes n'y vont même plus à la bibliothèque.»

Josée Lacasse

«Je suis très déçu qu'on en soit réduit à ce genre de discussions après tout ce qu'on a fait depuis un an. Je pensais qu'on avait une vision à long terme, plus grande ville. Québec nous a ramenés un an en arrière. Les bibliothèques sont aussi des infrastructures, il faut aussi les soigner et les améliorer. Une ville ce n'est pas seulement qu'un gestionnaire de voirie.»

Richard Bégin

«On a 26% de nos rues à Gatineau qui sont sous le seuil du respectable. Si on veut être responsable, il ne faut pas imputer ces coupures aux infrastructures.»

Stéphane Lauzon

«Je crois qu'il est important qu'en 2040 ma ville ne ressemble pas à une ville de 1940. Je veux que les citoyens aient accès à une bibliothèque, qu'ils puissent s'y rendre à vélo et qu'ils aient des parcs de qualité.»

Cédric Tessier

«Le temps de l'abondance absolue est terminé. Nous l'avons vu au fédéral, au provincial et là nous le voyons au municipal. Les gens veulent une saine gestion. Quand ton toit coule, ce n'est pas le temps d'acheter un divan. Ce n'est pas parce que les temps sont durs qu'il faut se détourner de nos orientations. Il ne faut pas pleurer non plus. S'il faut couper qu'il en soit ainsi et que la population fasse connaître son mécontentement au gouvernement. Nous, on aura fait notre travail.»

Sylvie Goneau

«On vient de passer à côté de quelque chose d'important aujourd'hui. La qualité de vie à Gatineau ce n'est pas seulement que de l'asphalte et des tuyaux. Si le gouvernement avait travaillé de façon aussi stratégique que nous, nous ne serions pas dans cette situation aujourd'hui.»

Gilles Carpentier

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