Un soldat moins inconnu

D'où j'étais, je n'ai rien entendu du discours en français de la princesse Anne, et presque rien vu de cette cérémonie du jour du Souvenir.

J'étais coincé au beau milieu d'une foule dense et compacte, avec une vue imprenable sur un bloc de ciment, tout près de la rangée de drapeaux qui flottent près du Monument commémoratif de guerre, à Ottawa.

Il m'est revenu à l'esprit que je me tenais derrière le même bloc de béton où deux policiers se sont embusqués, le jour du meurtre du caporal Nathan Cirillo, alors que celui-ci montait la garde devant le monument.

C'était le grand branle-bas de combat sur la colline parlementaire et je me rappelle très bien des deux policiers à l'affût, fusil au poing, le doigt sur la gâchette... J'étais posté un peu plus loin, derrière le cordon de sécurité avec les autres journalistes. Nous observions, médusés, les policiers traverser les rues désertées, la tête baissée pour se protéger d'un éventuel tireur embusqué.

Ce jour-là, c'était il y a 20 jours à peine, l'attentat a paralysé tout le centre-ville d'Ottawa et il régnait un silence inhabituel sur la colline parlementaire.

Un silence de mort.

Hier aussi, il y a eu un moment de silence entre les discours des dignitaires, les coups de canon et le passage des CF-18 au-dessus de la colline parlementaire.

Le même silence que le jour de l'assassinat du caporal Nathan Cirillo.

À la différence qu'hier, ce n'était pas un silence de mort.

C'était le silence vertigineux de dizaines de milliers de personnes qui se taisent toutes en même temps.

Pour mieux se souvenir.

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Le Service de police d'Ottawa parlait hier d'une foule de quelque 50000 personnes aux abords du Monument commémoratif de guerre. Chose certaine, il y en avait beaucoup plus qu'à l'habitude. Davantage de jeunes aussi, m'a-t-il semblé. Comme si une nouvelle génération s'était ajoutée au cortège de vétérans et de militaires habitués de ce genre de cérémonie commémorative.

Sans doute que 20 jours après l'attentat qui a choqué Ottawa, les gens ont voulu envoyer un message en se déplaçant en si grand nombre pour saluer la mémoire des soldats disparus.

À sa manière, la population a voulu se réapproprier un lieu de silence et de recueillement qu'un fou furieux a mis un instant à transformer en scène de crime.

Comme toujours, ce jour du Souvenir a eu des allures de grand-messe avec ses sermons, ses moments de recueillement et cette espèce de communion, à la fin, quand les gens vont déposer un coquelicot ou une couronne de fleurs sur la tombe du Soldat inconnu.

Hier, ils étaient des centaines à faire la file pour déposer leurs hommages au pied du monument. Comme si, cette année, le visage de ce soldat inconnu, tombé pour la patrie à Vimy, leur semblait soudainement plus familier.

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