La sortie du placard

Comme pour plusieurs autres homosexuels, ce sont les... (Martin Roy, LeDroit)

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Comme pour plusieurs autres homosexuels, ce sont les sorties du placard de personnalités publiques qui ont poussé le Gatinois Olivier Pilon à révéler au grand jour son orientation sexuelle. Il l'a d'ailleurs annoncé à ses amis sur Facebook.

Martin Roy, LeDroit

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C'est le signe d'une époque, sans doute. Le jour où Olivier Pilon a annoncé à tous qu'il était homosexuel, il l'a fait sur Facebook.

Après trois tentatives de suicide et des années à vivre dans le déni, le jeune Gatinois de 20 ans a décidé un bon matin qu'il en avait assez de porter son lourd secret. Assez d'avoir honte de son attirance pour les gars. Une attirance qu'il combattait en vain, et dans le plus grand secret, depuis ses premiers fantasmes à l'âge de 13 ans ou 14 ans.

Il l'a d'abord annoncé à ses parents. À la fille qu'il fréquentait. À son frère plus jeune qui s'en foutait éperdument, mais qui est demeuré interloqué : « Quoi, t'es gai ? Je pensais que les homosexuels n'aimaient pas le hockey ! »

Olivier adore le hockey, mais aussi la politique. Il milite au sein du Parti libéral, travaille pour un sénateur libéral. Et il a été solliciteur, sur la scène municipale, pour Action Gatineau. Un jeune homme actif dans sa communauté. Plutôt que d'annoncer son orientation sexuelle à tous ses amis un par un, il a rédigé un message sur Facebook. « Je n'ai jamais choisi d'être homosexuel, mais voilà qui je suis. Cela est dit. Je vous aime tous. Merci. »

Il s'attendait au pire. Il n'a eu que des mots d'encouragement. Il avait peur que les gens le rejettent. Il a réalisé que c'est lui qui se rejetait lui-même.

« Après plusieurs années de tentatives de suicide, à avoir honte de qui je suis, je devais avouer à tous qui j'étais vraiment. Beaucoup trop de jeunes de mon âge se tuent chaque année à cause de leur orientation sexuelle. En tant que jeune très actif dans ma communauté, je veux donner du courage à d'autres jeunes ou à des adultes afin qu'ils puissent pleinement vivre leur vie. La vie est beaucoup trop courte pour la vivre dans la tristesse... »

Je l'écoutais raconter son histoire. J'étais surtout frappé par son choix de mots. Quand il parle de son besoin de révéler « qui il est vraiment ». J'avais envie de le brasser, de lui asséner l'évidence : ce que « tu es vraiment » ne se résume pas à des préférences sexuelles.

•••

Comme beaucoup d'autres, ce sont les sorties du placard de personnalités publiques qui ont aidé Olivier à se réconcilier avec lui-même. Il cite l'ancien chef péquiste André Boisclair, le chanteur Frank Ocean, le joueur de basket Jason Collins...

Mais ce qu'Olivier recherchait, c'était un modèle plus près de lui, quelqu'un dans son entourage immédiat, parmi les jeunes de son âge. « Sauf que lorsque j'étais à l'école, je n'avais aucun ami qui était de même », raconte-t-il.

De même ?

Olivier a rougi un peu, il hésite encore à prononcer le mot. Un restant de honte ? « Tout ça est encore nouveau pour moi », admet-il.

Olivier n'a jamais rencontré d'autres hommes. Intimement, je veux dire. En vérité, il les a toujours fui comme la peste. Il se tenait surtout avec des filles, précisément pour éviter la tentation. Convaincu que s'il résistait assez longtemps, il changerait.

Il a su très vite pour son homosexualité parce qu'à l'âge où les hormones mâles commençaient à foutre le bordel dans son corps d'ado, ses fantasmes ne laissaient aucun doute sur ses préférences.

« J'essayais d'arrêter d'y penser, en me disant que je pouvais changer. Je ne l'ai jamais dit à personne durant toutes ces années. À personne. »

Un secret très lourd à porter, trop lourd en fait.

Bien sûr, son entourage se doutait de quelque chose. Tu ne fais pas trois tentatives de suicide sans inquiéter tes proches. « J'étais triste, fâché, frustré en permanence. Mais personne n'en connaissait vraiment la raison. Et ça a duré des années et des années... »

Et maintenant ?

Olivier ne sait pas trop.

Il n'est pas sûr d'être prêt à rencontrer un homme. La grosse différence, c'est qu'il ne ressent plus le besoin de se cacher.

C'est déjà beaucoup.

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