La procédure

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C'est une mère qui nous écrit, le contenu de sa lettre m'a renversé. «Mon fils de 6 ans s'est fait suspendre après seulement 35 jours dans sa nouvelle école.»

Une suspension après 35 jours? À 6 ans?

Je me suis dit: mais de quel criminel en puissance parle-t-on ici? A-t-il vendu de la drogue aux enfants de maternelle? Vandalisé une balançoire? Traité la directrice de chameau?

Mais non. «Il s'est disputé avec des camarades du même âge que lui, écrit sa mère, Maude L. Poirier. Il a pincé, fait des gestes brusques, prononcé des mots de toilette...» Des mots de toilette? «Oui, des insultes. Genre t'es con.»

Bon, c'était pas la première fois que fiston avait des comportements violents depuis la rentrée. C'était déjà la troisième fois. Et à cette école, comme dans toutes les écoles du Québec, il y a un code de discipline établi par le conseil d'établissement.

Un code qui parle d'infraction majeure - on croirait du langage de hockey - lorsqu'un petit s'attaque à l'intégrité physique d'un autre enfant. Les deux premières infractions majeures sont punissables d'une retenue, d'un devoir et d'une suspension à l'interne.

À la troisième infraction, t'es out. Suspension externe d'une journée.

La mère a protesté auprès de l'école. Pas qu'elle excuse le geste de fiston. Au contraire, elle reconnaît qu'il doit apprendre à contrôler son impulsivité.

Mais une suspension? Elle est convaincue que ça ne réglera rien. Que son fils entre dans une spirale de coercition. Qu'une suspension devrait être une mesure exceptionnelle, pas une mesure courante.

«Suspendre, ce n'est pas aider, c'est exclure. Pour mon fils, une suspension ne fera qu'augmenter son sentiment d'inadéquation et de rejet.»

Réponse de l'école à ses protestations: la procédure, c'est la procédure, Madame.

La procédure? La mère voulait hurler.

Moi aussi.

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Je ne reproche pas à l'école d'avoir réagi au comportement violent d'un élève. Au contraire, être à la place des parents de la fillette qui a reçu la claque au visage, j'exigerais que la direction agisse.

J'en ai contre l'application aveugle du code. Un, deux, trois, dehors. S'est-on demandé ce qui motivait fiston à taper sur les autres? Pas vraiment, d'après la mère.

J'en ai contre le moyen retenu. Une suspension? C'est tout ce qu'on a trouvé pour aider un enfant de 6 ans qui a de la difficulté à s'adapter à son nouvel environnement? Si tôt dans l'année?

On devrait en être à l'étape de l'encadrement, à essayer de lui apprendre à vivre en société.

Le seul message qu'il retiendra de sa suspension, c'est qu'il obtient une journée de congé inespérée, loin de cette école où il est malheureux.

Il se trouve même des spécialistes pour affirmer que les suspensions, dans le cas d'enfants de 3 à 9 ans, sont inadéquates pour contrer les comportements violents.

«C'est contraire à la psychologie de l'enfant», précise Marie Drolet, professeure à l'école de service social de l'université d'Ottawa et coauteure d'un livre sur le sujet.

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J'en entends dire qu'on les élève trop dans la ouate, ces enfants-là. Qu'une bonne punition leur apprend à vivre.

Moi, désolé, je crois que l'époque où la discipline se réglait à coups de règle sur les doigts est révolue. Punir, oui, pourvu que la punition soit comprise. Pas sûr que ce soit le cas ici.

Le hic, c'est que je n'ai qu'une version, celle de la mère. L'école et la commission scolaire concernées ne veulent pas discuter de cas particulier pour des raisons de confidentialité.

Mais à la commission scolaire, on m'a fait comprendre que certaines écoles de 400 élèves doivent gérer jusqu'à 150 élèves avec des plans d'intervention. Des enfants qui, pour toutes sortes de raisons, ont besoin d'être suivis de près. Alors qu'il manque de ressources.

La mère affirme qu'elle ne cherche à pas à régler des comptes en envoyant une lettre au Droit, mais à soulever un débat. Un débat sur les mesures disciplinaires à accorder dans la vie de nos enfants. Et sur la place des parents dans la vie scolaire.

Encore faut-il que les écoles aient les moyens et les ressources pour faire ce débat. Faute de quoi, elles optent pour un raccourci.

Un raccourci qui s'appelle... la procédure.

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