Les aléas du casino

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Ce n'est pas tant l'ouverture d'une nouvelle boîte de nuit au Casino du Lac-Leamy qui me choque. C'est plutôt, comme toujours, le tape-à-l'oeil qui l'accompagne.

Comme si Loto-Québec oubliait qu'elle est avant tout une société d'État, pas une entreprise commerciale établie dans la clinquante Las Vegas. Une société qui devrait avoir comme mission première de régulariser les jeux de hasard et d'argent, pas de vendre du rêve à tout prix pour se remplir les poches.

D'ailleurs, c'est exactement ce qui est écrit sur la carte d'affaires de la nouvelle discothèque: Aléa, boîte de rêves.

De toute évidence, le Casino du Lac-Leamy, qui a vu ses revenus chuter de 21 millions l'an dernier, essaie de se refaire sur le dos d'une clientèle plus jeune, plus branché, de 25-35 ans. En leur faisant miroiter la possibilité de vivre un nightlife grandiose à l'intérieur de ses murs.

La vidéo promotionnelle du Aléa ne laisse aucun doute à ce sujet. On y voit un couple de jeunes gens, beaux et branchés, débarquer d'une Mercedes pour se rendre sur une piste de danse où alcool et rapprochements s'entremêlent.

Comme l'Aléa est situé à l'étage du Casino, il leur faut traverser la salle de jeux pour s'y rendre. Les jeunes gens passent donc devant une table de jeux où un groupe de joueurs, tout aussi beaux et jeunes qu'eux, semblent s'amuser follement.

La vidéo est subtile... comme un conte de Walt Disney. On n'y voit que du beau monde, du monde jeune qui s'amuse, qui danse, qui s'embrasse et qui boit du champagne Moët et Chandon. La vie des gens riches et célèbres sur fond de musique électronique.

Rien à voir avec le triste spectacle des petites madames qui viennent dépenser leur fin de mois aux machines à sous.

La publicité donne l'illusion qu'un casino est un lieu de rencontre, de plaisir, voire de séduction. Alors que le jeu est souvent l'affaire de personnes seules, enfermées dans leur bulle, qui n'en ont rien à cirer des rapports humains.

Et c'est contre ça que j'en ai, contre ce marketing à l'eau de rose qui me semble incompatible avec le rôle d'une société d'État.

C'est évident, Loto-Québec cherche à attirer des jeunes avec des activités sociales en sachant fort bien qu'une proportion d'entre eux finira par jouer. Une clientèle qui est, selon un expert mondial cité par le Journal de Montréal, plus vulnérable face à une dépendance au jeu compulsif.

Pourtant, encore hier, on cherchait à nous présenter seulement le côté givré de la réalité. Lors d'une visite guidée de l'Aléa, le directeur du Casino, Alain Miroux, n'en avait que pour l'ambiance «extraordinaire», le système de lumière «incroyable», les environnements «intimes», les DJ vedettes qui vont animer les soirées... Tout ça est bon pour le tourisme, ça va attirer du monde d'ailleurs, a-t-il insisté.

Je veux bien, M. Miroux.

Mais étant donné que cette nouvelle clientèle que vous courtisez ouvertement serait plus sensible à une dépendance aux jeux de hasard, a-t-on songé à commander une étude pour évaluer de potentiels coûts sociaux?

Réponse: pantoute.

Dans un cas comme celui-là, c'est la Direction de la santé publique (DSP) qui devrait jouer le rôle de conscience sociale de l'État et réaliser une étude. Est-ce que Loto-Québec ou la Société des casinos du Québec a pris la peine de consulter la DSP avant d'ouvrir sa nouvelle boîte de nuit branchée?

Réponse: re-pantoute.

En fait, les gens de la DSP ont appris l'ouverture de l'Aléa par le biais des médias, a indiqué une porte-parole, Karelle Kennedy.

Je n'en ai pas contre les casinos eux-mêmes. Je suis de ceux qui pensent que l'État est mieux de gérer lui-même les jeux de hasards et d'argent plutôt que d'en laisser le soin à des entrepreneurs assoiffés par le gain ou par le crime organisé.

Je ne suis même pas contre l'idée d'une boîte de nuit.

J'en ai contre cette propension de la société d'État à nous présenter seulement le côté avantageux de ses initiatives. Alors que son rôle devrait être de bien évaluer les pour et les contre.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer