Une pensée pour Kobané

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Chacun a vécu une sorte de deuil aujourd'hui par rapport à la fusillade d'hier à Ottawa.

C'est très personnel ce que je vais dire, mais moi j'ai eu une pensée spéciale pour les gens de Kobané, en Syrie.

À moins de vous intéresser de près à ce qui se passe au Moyen-Orient, vous n'avez probablement pas la moindre idée de ce qui se passe dans ce patelin perdu à la frontière de la Turquie.

Voilà plusieurs semaines que le groupe armé État islamique, le même qui a lancé un appel à tuer des Occidentaux, assiège cette ville défendue par des Kurdes.

La ville elle-même est à feu et à sang, les défenseurs manquent de tout. Ils font face à un adversaire plus nombreux, mieux armé et prêts aux pires exactions.

Bref, si ce n'était des frappes aériennes de la coalition, il y a longtemps que la ville aurait capitulé comme bien d'autres avant elle dans les déserts de l'Irak et de la Syrie.

Mais Kobané tient toujours.

J'ai eu une pensée pour les gens de Kobané quand j'ai vu à la télé les images des 6 chasseurs CF-18 décoller de Bagotville pour le Koweït. Je me doute bien que le départ des avions au lendemain de la fusillade sent la propagande à plein nez.

Mais qu'on le veuille ou non, cette guerre lointaine nous a rattrapés. Même si le tireur fou est, comme on le dit, un loup solitaire, un musulman autoproclamé, même s'il n'avait aucun lien direct avec l'État islamique, il demeure une manifestation de cette drôle de guerre qu'on a peine à nommer.

À sa façon tordue, il a sans doute répondu à l'appel de l'EI.

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C'est d'autant plus difficile de demeurer insensible au sort des populations envahies par l'État islamique qu'on peut suivre le déroulement de la guerre presque en direct sur les médias sociaux.

À Kobané, les journalistes couvrent la guerre à partir d'un observatoire située dans la Turquie voisine. À l'abri sur leur colline, ils observent les frappes aériennes de la coalition et les camions piégés que les combattants de l'EI envoient régulièrement sur les défenses kurdes.

Chaque jour, les journalistes transmettent des informations, des vidéos et des photos sur Twitter. On peut suivre les combats presque comme si on y était. D'ailleurs, je vous préviens, coeurs sensibles s'abstenir.

La magie de Twitter fonctionne dans les deux sens. Si bien que les gens de Kobané ont pu suivre les événements de mercredi à Ottawa.

«S'il vous plaît, gens du monde entier, ne jugez pas 1,5 milliard de musulmans d'après les gestes de quelques extrémistes», a gazouillé la journaliste arabe Jenan Moussa en référence à la fusillade d'Ottawa.

Ainsi, même à des milliers de kilomètres du Canada, Mme Moussa a vite compris que le geste de Michael Hazeb-Bibeau risquait d'alimenter les préjugés à l'endroit des musulmans.

Pas pour rien que la communauté musulmane d'Ottawa et de Gatineau a eu vite fait hier de dénoncer les gestes odieux et lâches du tireur. Et comme chaque fois, j'ai trouvé qu'ils ont eu l'air de s'excuser.

Vous n'avez pas à vous excuser. Il y a des gestes qui relèvent moins de la religion que du désespoir ou de la folie.

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Tant qu'à être dans les excuses, restons-y.

Les parents du tireur se sont dits désolés hier du meurtre commis par leur fils. Ils s'excusent pour la douleur, l'effroi et le chaos qu'il a créés.

«Nous n'avons aucune explication à offrir, a dit sa mère. Je suis en colère contre notre fils, je ne comprends pas et une partie de moi veut le détester en ce moment. Vous écrivez que notre fils était vulnérable, nous l'ignorons, il était perdu et ne rentrait pas dans le moule. Moi, je lui ai parlé la semaine dernière lors d'un dîner. Je ne l'avais pas vu les cinq années précédentes. J'ai donc peu à offrir pour vous éclairer.»

Vous n'avez pas à vous excuser madame. Quand on en est réduit à détester son enfant, tout est dit.

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