L'image de la guerre

Plusieurs policiers circulent dans les rues d'Ottawa.... (Patrick Duquette, LeDroit)

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Plusieurs policiers circulent dans les rues d'Ottawa.

Patrick Duquette, LeDroit

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L'image de la guerre m'est apparue mercredi matin sous la forme de quatre policiers armés jusqu'aux dents, courant en plein milieu du trafic de la rue Rideau à Ottawa.

Les policiers arrivaient du parlement. Ils avançaient en formation de combat, le fusil à l'épaule et le doigt sur la gâchette, visiblement sur les dents. Celui qui tenait le gros fusil automatique avait l'air particulièrement nerveux. Il suait à grosses gouttes, le regard aux aguets. Comme une bête traquée.

C'était quelques minutes seulement après qu'un tireur ait abattu un soldat au pied du Monument commémoratif de guerre, avant qu'on déploie l'imposant cordon de sécurité, avant qu'on ne confine des milliers de travailleurs dans leurs bureaux pour la journée.

Avant qu'on réalise pleinement que ce conflit entre le groupe État islamique et les puissances occidentales qui fait rage de l'autre côté de la planète, dans les déserts d'Irak et de Syrie, venait sans doute de se répercuter ici, chez nous, à Ottawa.

•••

J'étais dans la salle des nouvelles du Droit quand le soldat a été abattu. Dès que la nouvelle est apparue sur les médias sociaux, j'ai agrippé mon manteau et je me suis précipité à l'extérieur. J'ai couru, sans réfléchir, vers la colline parlementaire.

Dans le marché By, les gens déambulaient comme si de rien n'était, un café à la main, encore inconscients du drame qui venait de se produire à deux pas de là.

La première chose que j'ai vue, ce sont ces policiers qui couraient comme des fous dans la rue. Ils sont passés à toute vitesse devant moi, descendant vers le Centre Rideau. Un gros berger allemand les accompagnait, sans doute un chien pisteur.

Je les ai suivis un instant, poussé par la curiosité, tout en me disant que ce n'était pas la meilleure idée du monde. Avec ce qui est arrivé à Saint-Jean, avec ce qui est arrivé hier, tout ce qui porte un uniforme est devenu une cible potentielle. Et les policiers en étaient pleinement conscients à en juger par la manière dont ils baissaient la tête en traversant les espaces à découvert.

À l'opposé, les badauds semblaient totalement inconscients du danger.

Quand le groupe de policiers, toujours sur les dents, s'est immobilisé à une intersection, un monsieur en veston s'est avancé comme si de rien n'était au milieu d'eux... pour attendre le feu vert.

Surréaliste.

•••

Près du Monument commémoratif de guerre , les policiers étaient en train d'ériger un périmètre de sécurité. C'était quelques instants après l'évacuation du soldat abattu par le tireur et la fusillade nourrie à l'intérieur du parlement.

Des députés et du personnel parlementaire revenaient des édifices de la colline. Ils avaient été évacués d'urgence, certains par des portes latérales, d'autres par les toits, le tout sous la surveillance étroite de soldats et de snipers.

Les employés du parlement disaient avoir entendu des dizaines de coups de feu résonner dans les couloirs de la Tour de la Paix. Un vacarme qu'ils ont d'abord attribué à des travaux de construction. Plusieurs ne réalisaient pas encore pleinement ce qui venait de se produire.

Le député libéral John McKay participait au caucus de son parti lorsque les coups de feu ont retenti. On lui a demandé quelle avait été sa première réaction en réalisant qu'il devait évacuer les lieux. Il a réfléchi un instant, avant d'avouer : « J'ai été irrité qu'on dérange ainsi le cours de ma journée. »

Et j'ai trouvé que c'était une réponse tout à fait juste. C'était le sentiment qui se dégageait des conversations avec tous ces gens évacués et qui s'amassaient sur le bord du cordon de sécurité. L'impression d'un dérangement, bien avant un quelconque sentiment d'effroi.

Une guerre lointaine a fait irruption hier dans le quotidien des gens de la région. Elle a exhibé son visage de terreur, mais aussi son immense talent à désorganiser une société en un rien de temps.

Hier en tout cas, elle a paralysé la fonction publique, vidé le centre-ville, fait fermer la plupart des commerces et forcé des contrôles policiers à la sortie des ponts interprovinciaux.

Notre pays avait un visage différent, mercredi, et il était bien triste.

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