Rassurez-moi, cher docteur

Le ministre Gaétan Barrette nous a assuré que... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

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Le ministre Gaétan Barrette nous a assuré que le Québec est mieux préparé que Dallas pour faire face à un éventuel cas d'Ebola. J'aimerais bien le croire sur parole.

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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L'Ebola vous inquiète? Ben voyons, vous ne devriez pas. Tout est sous contrôle.

On sait maintenant qu'un tas de choses ont mal fonctionné lorsqu'un patient atteint de la fièvre Ebola en provenance du Liberia s'est présenté dans un hôpital de Dallas, il y a quelques semaines.

Même s'il présentait des symptômes inquiétants et qu'il arrivait en droite ligne d'un des pays touchés par la pandémie, le malade a été retourné chez lui par l'hôpital.

Ce n'est que deux jours plus tard, quand le patient s'est présenté de nouveau à l'urgence, qu'il a été placé en isolement. Non sans avoir, au préalable, patienté quelques heures dans la salle d'attente de l'hôpital au risque de contaminer d'autres gens.

Le gars est mort le 8 octobre.

Comme si ce n'était pas assez, ce premier cafouillage a été suivi d'un deuxième. Une infirmière, qui avait été en contact avec le premier malade, a bafoué le protocole. Elle a pris un vol régulier Dallas-Cleveland alors qu'elle était contagieuse. Le vol comptait 132 passagers. A-t-elle eu le temps d'infecter d'autres personnes? On l'ignore.

Tout cela n'est guère de nature à nous rassurer, n'est-ce pas?

Et pourtant.

Voyons les choses autrement. À Dallas, ils n'ont pas suivi le protocole, ils ont dormi au gaz, ils ont merdé pas à peu près. Et le bilan, c'est quoi jusqu'à maintenant?

Trois cas d'Ebola.

Comme dans «seulement trois cas».

Trois cas de trop, a convenu hier le ministre québécois de la Santé, Gaétan Barrette. Mais quand même, nous a-t-il expliqué, on parle de seulement trois cas alors qu'on a ignoré à peu près toutes les règles de sécurité.

À ses yeux, ce devrait être suffisant pour convaincre la population que l'Ebola n'est pas la grippe. Que ce n'est pas une maladie qui se répand comme une «traînée de poudre», pour reprendre son expression. Voyez, vous vous en faites pour rien.

***

Il faut reconnaître à M. Barrette un certain talent de pédagogue.

En conférence de presse hier, il a longuement expliqué aux journalistes que la principale difficulté dans la lutte contre l'Ebola n'est pas d'appliquer les protocoles qui consistent essentiellement à poser les bonnes questions aux malades afin d'identifier rapidement ceux qui sont contaminés.

Non, le plus compliqué, c'est la manipulation des combinaisons d'astronautes que le personnel médical doit revêtir pour traiter les malades. L'infirmière de Dallas, qui a été à plusieurs reprises en contact avec le patient libérien, était revêtue d'une combinaison de protection. Et pourtant, elle a contracté le virus.

C'est qu'au moment de retirer la blouse, le médecin ou l'infirmière doit à tout prix éviter de toucher les parties contaminées. «C'est une opération compliquée, c'est le Cirque du Soleil», nous a expliqué le ministre.

***

Le ministre Barrette nous a assuré que le Québec est mieux préparé que Dallas pour faire face à un éventuel cas d'Ebola.

J'aimerais bien le croire sur parole.

Mais bon, c'est comme lorsqu'il nous disait vendredi que sa réforme du système de santé au Québec, le projet de loi 10, permettra d'économiser 220 millions sans toucher aux services aux patients... Vraiment?

J'ai un doute. Un gros doute.

Dans le cas de l'Ebola, ce doute est d'autant plus grand qu'on apprenait vendredi que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) admet avoir réagi trop lentement à l'épidémie actuelle d'Ebola en Afrique de l'Ouest. Dans un document interne, l'OMS reconnaît que «presque tous ceux impliqués dans la réponse à l'épidémie ont raté des choses évidentes».

J'aimerais tant croire le ministre... Mais qu'est-ce qui nous dit qu'on n'est pas, nous aussi, en train de rater des choses évidentes? À Dallas, on en a raté quelques-unes.

Surtout que depuis le début de l'épidémie, j'ai peine à me défaire de l'impression que le discours lénifiant des autorités ne vise pas tant à donner l'heure juste qu'à éviter la naissance d'un mouvement de panique au sein de la population.

Alors non, docteur, je ne suis pas totalement rassuré...

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