L'éternel deuxième

Mike Maguire a présenté son plan pour relancer... (Patrick Woodbury, LeDroit)

Agrandir

Mike Maguire a présenté son plan pour relancer l'économie d'Ottawa devant une école désaffectée du centre-ville.

Patrick Woodbury, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

La campagne à la mairie d'Ottawa tire à sa fin et le maire sortant Jim Watson semble se diriger vers une réélection facile.

Lointain deuxième dans les intentions de vote, l'homme d'affaires Mike Maguire tente pour une seconde fois de ravir la mairie. Mais ses chances semblent plutôt minces et tout indique qu'il devra se contenter du rôle ingrat de l'éternel deuxième.

Hier, M. Maguire présentait son plan pour relancer l'économie d'Ottawa devant... une école désaffectée du centre-ville. Voilà une drôle d'idée: se planter devant des ruines pour présenter ses plans d'avenir. Et pourtant, il était bien là. Seul devant une rangée de caméras. Avec, derrière lui, les murs décrépits et les fenêtres aveugles de l'école Our Lady au coin de Cumberland et Murray.

M. Maguire y est allé d'un point de presse aux accents populistes... en anglais seulement. Un discours ponctué d'une bonne dose de Québec bashing avec cette histoire de déneigeurs de la Belle Province qui volent des emplois aux entrepreneurs de l'Ontario.

Comme d'habitude lorsqu'on avance ce genre de mesure protectionniste, M. Maguire a oublié de dire que si les lois du marché cessent de fonctionner pour favoriser les entrepreneurs ontariens, ce sont les citoyens d'Ottawa qui en paieront le prix puisque le jeu de la concurrence s'en trouvera affaibli.

---

Mais la question qui brûlait les lèvres des journalistes, c'est de savoir quelle mouche avait piqué M. Maguire pour en arriver à tenir un point de presse sur le développement économique devant un champ de ruines.

Là-dessus, M. Maguire a tenté de nous convaincre que le cas de l'école désaffectée Our Lady, qui va bientôt céder la place à des logements, est une histoire inspirante. «C'est le Phénix qui renaît de ses cendres», s'est-il enthousiasmé.

Puis on a su que si M. Maguire avait installé une de ses pancartes électorales géantes sur les ruines de l'ancienne école, c'était à la suite d'un appel du propriétaire, Claude Lauzon. Quand on a demandé à M. Maguire s'il voyait un inconvénient à s'associer ainsi avec un homme d'affaires qui n'a pas la réputation d'être un très bon citoyen corporatif, il a préféré éluder la question.

M. Maguire a tenté de nous faire croire que la revitalisation du terrain de l'école Our Lady est une bonne nouvelle. Il oublie que la véritable histoire, c'est celle d'un puissant propriétaire terrien qui a laissé un immeuble se détériorer jusqu'à un point de non-retour. Et qui a négocié ensuite avec la Ville d'Ottawa pour obtenir la permission d'en détruire la plus grande partie au profit de bâtiments neufs.

Il n'y a rien d'inspirant dans ce genre de chantage, n'en déplaise à M. Maguire.

---

M. Maguire a tenu son point de presse en anglais seulement. Son communiqué de presse aussi était disponible uniquement en anglais. Oui, vous l'avez deviné, M. Maguire est contre le bilinguisme officiel de la Ville d'Ottawa. Dire que le gars est né au Québec et qu'il parle très bien le français.

D'après lui, Ottawa n'a pas les moyens financiers de s'offrir le bilinguisme officiel.

Mais il dérape carrément lorsqu'il met le français sur le même pied d'égalité que d'autres langues étrangères. M. Maguire verrait bien la Ville d'Ottawa offrir ses services à la population en chinois ou en hindi, là où c'est possible...

Misère.

Tout ça venant de la bouche d'un gars qui me disait, deux secondes plus tôt, combien il était fier de parler le français avec sa mère originaire de Stoneham, dans la région de Québec.

À un autre moment de l'entrevue, je lui demandais s'il était fatigué de se battre contre un gars comme Watson qui évite tous les écueils. M. Maguire m'a répondu, en anglais, que le rôle de négligé (underdog) lui plaisait bien.

Puis il a ajouté, avec un grand sourire: «Les derniers seront les premiers». Des mots qu'il a prononcés dans un français impeccable et dénué de tout accent. Ça me dépasse. Le gars a tout pour être francophile, mais il ne l'est pas. Pour le reste, on verra tout ça le jour du scrutin, M. Maguire.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer