Le droit au bonheur

À la clinique de pédiatrie sociale de la... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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À la clinique de pédiatrie sociale de la Dre Anne-Marie Bureau, on fait sentir aux familles comme celle de Sophie Normand et du petit Yannick Demers qu'elles seront toujours les bienvenues.

Patrick Woodbury, LeDroit

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Quand la première clinique de pédiatrie sociale a vu le jour au Québec, le système public a craint un dédoublement. Qu'est-ce que ces cliniques feront que les CLSC ne font pas déjà ? Plein de choses. Même s'il aura fallu du temps pour le démontrer.

Voilà déjà quelques années qu'une clinique de pédiatrie sociale a ouvert rue Notre-Dame, au coeur d'un des quartiers les plus pauvres de Gatineau. D'ici peu, une seconde clinique ouvrira dans le secteur Hull grâce à des dons privés.

Je savais que la clinique de Gatineau s'inspirait de l'approche du Dr Gilles Julien à Montréal, mais c'est à peu près tout. J'y ai donc passé une journée la semaine dernière. Assez pour constater qu'on n'y fait pas les choses comme dans les cliniques médicales où le temps presse, où les patients sont vus à la chaîne.

Disons d'abord qu'une clinique de pédiatrie sociale soigne des gens dont personne ne veut. Des familles qui vivent dans la pauvreté totale. Ce ne sont pas mes mots, mais ceux de Simon Drolet, le directeur de la clinique : pauvreté totale. Une pauvreté qui va au-delà de la précarité financière.

Pour vous donner une idée, 80 % des familles inscrites ont la Direction de la protection de la jeunesse

(DPJ) dans leur vie. Parce qu'il y a de la drogue, de l'alcoolisme, de la violence et de l'abus mêlés à toute cette pauvreté.

Ça donne des enfants stressés, qui ne dorment pas beaucoup et qui ont des problèmes à l'école. Mais ça ne paraît pas tant que ça au premier coup d'oeil ; ces enfants n'ont pas leurs problèmes inscrits dans le visage.

C'est à force de patience, en gagnant leur confiance, qu'on finit par comprendre jusqu'où la pauvreté s'est incrustée. Jusque dans leurs rêves. Ils ne rêvent pas à un voyage à Walt Disney World ou à un gadget électronique à la mode.

Non, ils rêvent d'une nouvelle paire d'espadrilles. Ou que papa répare la porte de la salle de bain. C'est Simon Drolet qui me la racontait, celle-là. Quand on a demandé à un garçon de la clinique quel était son rêve dans la vie, il a répondu ça : que mon père répare la porte de la salle de bain. Le petit était tanné de faire ses besoins devant toute la maisonnée.

Ce qu'on fait de différent dans cette clinique-là ?

Et bien d'abord, on vous accueille avec un câlin. Comme si vous étiez de la famille. « C'est bon pour la santé, les câlins », me glisse la Dre Anne-Marie Bureau avec un clin d'oeil.

Ensuite, il y a la cuisine. Les familles doivent la traverser pour arriver au cabinet de consultation. On y prépare 80 repas par semaine. Les jeunes patients s'y arrêtent. On leur donne un verre de lait ou un muffin. Parce qu'ils ont faim. Les mères aussi ont faim, mais elles sont souvent trop fières pour accepter de la bouffe.

La pédiatrie sociale se fonde sur le droit des enfants au bonheur, même si ce n'est pas dit exactement comme ça. C'est une grosse commande. Pour la remplir, il faut beaucoup de monde. Lors d'une consultation, parents et enfants s'assoient avec une dizaine de personnes dans le cabinet de consultation. Y a le médecin, la travailleuse sociale, la DPJ, l'école

On ne se contente pas de leur prescrire des médicaments, mais aussi de la lecture ou des cours d'escalade. En tout, la clinique offre 30 programmes gratuits pour stimuler les enfants et les aider à s'ouvrir sur le monde.

Avant de partir, les enfants s'arrêtent devant la grande bibliothèque de la salle d'attente. Ils peuvent choisir un livre et l'emporter chez eux, sans obligation de le retourner.

On fait surtout sentir aux familles qu'elles seront toujours les bienvenues, même si elles sautent des rendez-vous, même si les enfants ne se présentent pas toujours à leur cours de musique

« L'idée, c'est de ne jamais les lâcher », résume Simon Drolet.

Et pour ces gens qui ont perdu foi dans le système quand ils n'ont pas perdu foi en toutes choses , c'est sans doute la promesse la plus fondamentale qui soit.

Celle qui fait la différence.

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