Un petit oups...

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Pour les fonctionnaires du service d'urbanisme de la Ville de Gatineau, l'erreur monumentale du 79, chemin Fraser n'était qu'un banal accident de parcours. «Un petit oups...» pour reprendre la délicieuse expression d'un fonctionnaire cité par l'enquêteur au dossier.

C'est peut-être l'aspect le plus ahurissant de ce rapport d'enquête divulgué hier. L'insoutenable légèreté avec laquelle toute cette affaire, qui a pris les proportions que l'on sait, a été traitée par les pontes du service d'urbanisme de la Ville de Gatineau.

C'est maintenant clair qu'on aurait pu agir bien avant dans ce dossier si on n'avait pas fait preuve d'autant de laxisme et d'aveuglement. L'inspecteur en bâtiment qui a commis l'erreur initiale a très vite reconnu ses torts. Mais ce sont ses patrons qui, une fois au courant, n'ont pas jugé bon de réagir.

Pour eux, toute cette affaire n'était qu'un cas de routine, une autre banale erreur comme il s'en commet lorsqu'on délivre des milliers de permis de construction chaque année...

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Certains diront que ce rapport d'enquête n'amène aucun élément nouveau. Je ne suis pas d'accord.

Il met des mots, et des mots éloquents, sur un inquiétant «problème de culture» qui sévit au service de l'urbanisme et que l'administration Pedneaud-Jobin entend changer.

Le scandale ici n'est par l'erreur de bonne foi commise au départ par un inspecteur en bâtiment. Non, c'est bien davantage la mollesse et le manque de rigueur de l'urbanisme qui est à pointer. Ça, et une culture qui sous-estime l'apport des élus et des citoyens à la démocratie municipale.

Ce n'est pas normal que le premier réflexe du service d'urbanisme ait été de balayer son erreur sous le tapis plutôt que d'en analyser les conséquences et d'en faire rapport aux élus.

Toute cette affaire illustre une nouvelle fois combien les fonctionnaires menaient l'ancien conseil municipal par le bout du nez, ce qui n'est jamais très bon pour une démocratie.

L'ex-maire Marc Bureau manquait certes de colonne vertébrale, mais l'urbanisme est aussi à blâmer puisqu'il en profitait pour faire adopter ses recommandations à la chaîne...

Plus triste encore, les fonctionnaires ont levé le nez sur les protestations des citoyens et d'un élu municipal qui dénonçaient l'absurdité de ce qui se passait, chemin Fraser.

D'emblée, les fonctionnaires ont vu dans cette grogne une autre manifestation du syndrome «pas dans ma cour». Et conclut, trop vite, que les citoyens chialaient pour rien.

On leur devait au minimum de vérifier les faits et de leur fournir une réponse... ce qu'on a mis 100 jours à faire.

Comment on appelle ça? Du mépris?

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Trois employés de la Ville de Gatineau feront l'objet de mesures disciplinaires dans le dossier du 79, Fraser. On parle de suspensions de 10 à 20 jours sans solde. J'en entends déjà dire que c'est bien peu, cette saga risquant de coûter des millions aux contribuables.

N'empêche, il me semble que ces trois employés font figure de boucs émissaires. On cherchait des coupables, les voilà. C'est bien pratique, on en oublie presque qu'une majorité d'élus municipaux ont entériné leur erreur, pas plus tard que l'été dernier.

La véritable sanction arrivera sous la forme de Catherine Marchand, une dame qui a dirigé d'une main de fer le service d'urbanisme à la fin des années 2000.

Sa nomination à titre de directrice déléguée à l'urbanisme pour une période de deux ans ressemble à une mise en tutelle. Même si l'actuelle directrice demeure en poste, je vois mal comment elle pourra voir la nomination de Mme Marchand autrement que comme un désaveu.

En terminant, on a beaucoup critiqué le travail du conseiller Richard Bégin dans le dossier du 79, chemin Fraser. Injustement, si on en croit l'enquête.

Celle-ci souligne à quel point les reportages du Droit, l'élection d'un nouveau conseil municipal et l'arrivée de M. Bégin à la présidence du comité consultatif d'urbanisme ont agi comme un électrochoc et fini par réveiller le service d'urbanisme.

Comme quoi la démocratie, avec ses jeux de pouvoirs et de contre-pouvoirs, a fini par fonctionner dans ce dossier. Avec un peu de retard, il est vrai...

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