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Ainsi, le Canada repart en guerre...

Je m'intéresse de près à cette créature meurtrière qu'est devenu l'État islamique au cours des derniers mois. Voici un groupe armé qui a poussé comme une pustule sur le nez de deux pays affaiblis par la guerre, soit la Syrie et l'Irak.

Un groupe armé qui a volé des millions de dollars dans les banques irakiennes et qui s'est monté un puissant arsenal militaire avec des tanks, des canons et de l'armement lourd dérobé à ses adversaires. Un groupe d'une cruauté sans nom qui tue et décapite les gens dans les villes conquises. Et qui menace maintenant de s'en prendre aux démocraties occidentales.

Pour l'instant, la participation du Canada se limitera aux frappes aériennes, au sein d'une coalition menée par les États-Unis. Mais c'est une question de temps avant que le Canada s'implique davantage, maintenant qu'il a le doigt coincé dans l'engrenage.

De toute manière, je m'énerve déjà. Pas de la participation canadienne, mais du discours ronflant qui l'accompagne.

Voyez, on simplifie déjà les choses. Ce sont les démocraties occidentales qui ripostent à la menace des fous d'Allah. Les bons contre les méchants, comme à Hollywood. Ça m'énerve.

•••

J'ai vu ça sur Vice News, un reportage fascinant sur les combattants de l'ÉI.

Une équipe de télé les a suivis pendant plusieurs semaines. On voit le groupe armé arriver dans les villes, combattre, lancer des bombes. Ils décapitent des gens, endoctrinent des foules...

Y'a des enfants sur la ligne de front.

On les voit aussi dans leur quotidien. Quand ils se baignent dans un fleuve entre deux combats, par exemple.

Bref, un moment donné, ils sont deux combattants dans un camion, fait chaud, les deux gars attendent pour aller je ne sais plus trop où sur la ligne de front.

L'intervieweur demande à l'un des combattants s'il s'ennuie de sa famille.

« Non, lui répond en substance le gars. Ma famille, c'est le cadet de mes soucis. Ma priorité, c'est la lutte pour le califat islamique. Y'a plus rien d'autre qui compte », ajoute-t-il.

J'ai pensé : qu'est-ce qui pousse un père de famille à laisser femme et enfants pour aller massacrer du monde dans le désert ?

Certains vont dire que ce sont des fous d'Allah, ou des fous tout court. Je suis de ceux qui trouvent ça un peu court comme explication.

D'autres vont dire que l'Occident récolte ce qu'il a semé au Moyen-Orient, là où il a armé des rebelles, maintenu des dictatures...

Tout cela pour mieux soutirer les ressources naturelles du pays.

Et là, déjà, j'ai l'impression qu'on se rapproche un peu plus d'une explication.

•••

De notre point de vue d'Occidentaux, on s'étonne de la barbarie dont sont capables les membres d'un groupe radical comme l'État islamique. Ça me rappelle la réaction de stupeur indignée qui avait suivi les attentats du 11 septembre. Les gens ici disaient : c'est quoi leur problème, à ces fous furieux ?

Ben justement, sont pas fous furieux pour rien.

On vit dans notre cocon ici. Le vendredi soir, notre principale préoccupation, c'est de s'ouvrir une bonne bière et de décider si on mange des restes ou si on se commande une pizza pour souper.

On est gras dur et si quelqu'un vous offrait 400 $ par mois pour aller combattre dans les rangs de l'État islamique, vous l'enverriez promener. T'es-tu malade ?

Il se trouve que là-bas, il ne manque pas de monde prêt à abandonner le peu qu'ils ont pour combattre au sein d'un groupe armé qui a les moyens de les payer 400 $ par mois.

C'est tentant de les traiter de fous. Mais je me garde toujours une petite gêne. Ils n'ont surtout plus rien à perdre. Et j'ai l'impression qu'on a une part de responsabilité là-dedans.

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