Le chiffre de la collusion

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C'était la question du jour hier au conseil municipal de Gatineau. «C'est quoi le chiffre?» Le chiffre de la collusion bien sûr.

Depuis le témoignage du directeur régional d'Aecom à la commission Charbonneau, les Gatinois savent qu'ils se sont fait flouer par des firmes de génie civil qui truquaient habilement les appels d'offres.

Il restait à savoir à combien s'élevaient les montants dérobés aux contribuables. On comptait sur la Ville de Gatineau pour le savoir. Or déception hier: le rapport déposé au conseil municipal n'avance aucun chiffre précis. Le maire Maxime Pedneaud-Jobin a parlé de «plusieurs millions» d'argent volé, sans plus.

À force de lire le rapport, de faire des liens entre le prix des soumissions avant et après la collusion, il est possible de se faire une idée des montants en jeu.

Après quelques calculs rudimentaires, on arrive à une somme d'environ 4 millions$ qui aurait été dérobée aux contribuables de Gatineau entre 2003 et 2009.

Personne parmi les élus ou les fonctionnaires n'a voulu se risquer à commenter nos calculs. Mais on ne doit pas être très loin de la vérité.

On n'a pas su le chiffre de la collusion hier, et j'ai le sentiment que ce n'est pas qu'un manque de transparence.

Il se peut très bien que, tout bonnement, la Ville de Gatineau ignore combien les magouilles des firmes de génie civil lui ont coûté exactement.

Pendant les années de collusion, la Ville de Gatineau se fiait à des barèmes de prix de l'Association des ingénieurs-conseils du Québecpour évaluer à l'avance le coût des soumissions. On sait maintenant que ces barèmes étaient fixés par les ingénieurs des firmes collusionnaires... Avec des données aussi peu fiables, la Ville peut bien avoir de la misère à chiffrer les coûts.

Tant qu'à lancer un chiffre trop haut ou trop bas, la Ville préfère éviter de se compromettre. C'est une attitude qui se défend étant donné que cette saga se retrouvera devant les tribunaux à plus ou moins brève échéance.

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Il semble acquis que Gatineau entreprendra des recours afin de récupérer les sommes perçues en trop par les firmes de génie civil.

«Un vol est un vol», s'est indigné hier le conseiller Gilles Carpentier, ajoutant que les contribuables de Gatineau s'attendent à ce que leur conseil municipal fasse tout en son pouvoir pour récupérer les montants volés.

Il a raison, bien sûr. Sauf que les grands principes sont toujours plus faciles à défendre quand on compte sur quelqu'un d'autre pour les faire respecter. Pour l'instant, le conseil municipal s'en remet à Québec et à un éventuel projet de loi pour recouvrer les sommes de la collusion.

Si jamais Québec devait fléchir dans sa volonté de poursuivre les firmes coupables de fraude, Gatineau devrait alors se lancer seule dans une longue et coûteuse saga judiciaire sans même avoir l'assurance de recouvrer son dû.

Le maire Maxime Pedneaud-Jobin affirme qu'il est prêt à se lancer dans une telle bataille. Mais est-ce que son conseil municipal suivrait? Rien n'est moins sûr. Les grands principes des élus, on l'a vu dans le dossier du 79, chemin Fraser, ont tendance à s'éroder à mesure que les frais d'avocats grimpent en flèche.

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Même si on l'avait eu, ce fameux chiffre de la collusion, on serait sans doute encore très loin de la vérité. Ne l'oublions pas, on ne parle ici que des montants liés à la collusion des firmes de génie civil.

Lorsque LeDroit a fouillé les contrats octroyés par la Ville de Gatineau, il a révélé que la concentration des contrats municipaux se vérifiait aussi dans le secteur du pavage. Depuis la fusion, les mêmes firmes ont obtenu la part du lion des contrats, année après année.

Pourtant, lorsqu'on demandait hier aux élus s'ils souhaitaient étendre leurs enquêtes à d'autres secteurs, on n'a eu droit qu'à des réponses évasives. Cela donne l'impression que la Ville de Gatineau ne s'intéresse qu'aux scandales déterrés par la presse ou aux révélations de la commission Charbonneau. À moins qu'elle n'ait tout simplement pas les ressources pour pousser plus loin son enquête.

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