La foi dans le centre-ville de Gatineau

Les nouveaux propriétaires de l'église St. James, Stéphane... (Étienne Ranger, LeDroit)

Agrandir

Les nouveaux propriétaires de l'église St. James, Stéphane Lessard et Gillianne Mongeon, ont décidé d'y loger un magasin de meubles haut de gamme et d'accessoires raffinés.

Étienne Ranger, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

Nos vieilles églises doivent se trouver toutes sortes de nouvelles vocations avec ces gens qui délaissent la pratique religieuse.

À Gatineau, on a vu d'anciens lieux de culte se transformer en foyer pour personnes âgées, en centre d'escalade ou en centre de soins palliatifs.

Ces conversions, pour employer un terme religieux, ne sont pas toujours un succès. La transfiguration de l'église se fait parfois au détriment de son cachet original. Et c'est bien dommage pour le patrimoine.

Mais il me semble que les nouveaux propriétaires de l'église St. James ont particulièrement bien réussi leur coup sur la promenade du Portage, en plein coeur du centre-ville.

On parle ici d'une jolie petite église de pierre construite en 1901. L'ancien lieu de culte anglican était pour ainsi dire laissé à l'abandon depuis que la paroisse l'a vendu à des actionnaires des Brasseurs du Temps en 2009.

Depuis, l'édifice a de nouveau changé de mains. Et ses nouveaux propriétaires, Stéphane Lessard et Gillianne Mongeon, ont décidé d'y loger un magasin de mobilier haut de gamme et d'accessoires raffinés.

Le commerce ouvre seulement aujourd'hui, mais je suis allé y faire un tour hier. Des ouvriers fébriles s'affairaient à mettre la dernière main aux installations.

Même si les lieux ont été transformés, on sent encore très bien la présence de l'ancienne église. Je ne suis pas un spécialiste, mais ce mariage du vieux et du moderne m'apparaît plutôt réussi. L'ensemble, avec les meubles luxueux et l'éclairage sophistiqué, dégage une ambiance à l'européenne.

On dirait presque un musée plutôt qu'un commerce...

Les magnifiques vitraux sont toujours là. Les travaux ont permis de dégager les anciens murs de pierre, mais il a fallu refaire les joints à la truelle. Un travail de moine, à ce qu'on m'a dit.

Il y a aussi la chaire où le curé faisait son sermon. L'autel a été déplacé là où jadis se trouvait l'orgue, et la caisse installée sur l'autel. J'imagine déjà les clients y aller d'une génuflexion avant de payer leurs achats.

Surprise, la cloche fonctionne à merveille, même s'il a fallu installer la climatisation dans le clocher. On peut l'actionner grâce à une corde qui pend dans l'escalier. On tire dessus, et ding, ding, dong, la cloche résonne dans le quartier, comme dans le bon vieux temps...

Quant aux deux propriétaires, ils ont exactement le profil que la Ville de Gatineau cherche à attirer dans son centre-ville. Du monde qui a de l'argent et, surtout, du cran. Parce qu'il en faut pour investir autant dans un centre-ville qui se cherche encore.

Lui est directeur de la firme de construction Plano qui brasse de grosses affaires dans les domaines commercial, industriel et institutionnel. Elle a été fonctionnaire au fédéral pendant 20 ans avant de se lancer dans le design d'intérieur.

Les deux partenaires ont investi près de 3 millions$ de leur poche pour reconvertir l'ancienne église. Ils ont pris tous les risques et pas une cenne d'argent public n'a été investie dans le projet.

Le défi était d'autant plus grand qu'il s'agissait d'une église. Juste restaurer trois vitraux a coûté 40000$. Tout ceci alors que les banques se montrent plutôt frileuses lorsqu'il s'agit de financer des projets impliquant un ancien lieu de culte.

Même un incendie survenu durant les travaux n'a pas ralenti leurs ardeurs.

---

Maintenant, est-ce que ce commerce s'avérera rentable? Je n'en ai aucune idée.

Les deux m'ont parlé de leur plan d'affaires qui consiste à vendre des meubles, mais aussi des concepts d'aménagement. On vise non seulement la clientèle résidentielle, mais aussi le gouvernement, les ambassades, les grosses entreprises...

Ils font le pari que la revitalisation du centre-ville de Gatineau réussira, même si on n'en voit encore que les balbutiements. «On est en amour avec la vision de ce dont le centre-ville aura l'air à long terme», s'enflamme Gillianne Mongeon.

Bref, pour rester dans la métaphore religieuse, on est ici devant deux investisseurs qui ont la foi. Et le centre-ville de Gatineau a bien besoin de gens comme eux.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer