Denis ne s'est pas écroulé sous la pression cette fois. Au contraire, c'était mon tour de «choker», pour être bien franc avec vous.
«Tu devrais avoir honte», m'a dit un des témoins de ma débandade, le collègue Jean-François Plante, une fois notre ronde terminée.
Effectivement, je pense que je vais avoir de la misère à remontrer mon visage sur un terrain de golf cette saison après une telle humiliation.
J'avais pourtant bien amorcé la journée, prenant les devants par cinq coups après les deux premiers trous quand Gratton y est allé d'un «bonhomme de neige» un huit, en jargon de golfeur au deuxième trou alors que j'inscrivais une normale.
«Bon bien, c'est fini, tu as gagné», a lancé un Denis dépité après son faux départ.
«Mais non, c'est loin d'être terminé, il reste encore 16 trous», lui a dit le collègue Martin Comtois, son partenaire de voiturette Denis ne marche pas, maux de dos obligent et entraîneur pour la journée.
«C'est ça qui me fait peur», a rétorqué «CQJNPPALB» (celui que je ne peux plus appeler 'la Bottine') du tac au tac.
Alors qu'on s'est mis tous les deux à jouer de façon bien ordinaire, j'ai pu maintenir cette avance, et même y ajouter un autre coup au septième trou.
Mais au huitième, une normale quatre, le vent a tourné de façon dramatique. Denis a placé son deuxième coup dans une trappe de sable à l'avant du vert, puis il a envoyé sa sortie de trappe au-delà de celui-ci. Je n'avais qu'un petit coup d'approche à effectuer pour embarquer sur le vert, ce que j'ai réussi, me laissant quand même un coup roulé d'une vingtaine de pieds. J'étais alors en parfait contrôle du match, me disais-je.
À une trentaine de pieds du fanion, Denis a cependant envoyé son approche suivante directement dans la coupe. Je ne dirai pas qu'il a été chanceux avec ce coup pour réussir sa normale. Mais si le drapeau n'avait pas freiné la course de sa balle, disons qu'il se serait probablement retrouvé à une vingtaine de pieds du trou. Au lieu de tirer de l'arrière par sept ou huit coups, il a donc réduit l'écart à cinq quand j'ai raté mon roulé pour la normale.
Clairement secoué par ce revirement de situation, j'ai commis des triple bogueys lors des deux trous suivants et nous avions soudainement un match très serré.
Revigoré quand il a commandé deux bières à la «cart girl», Denis a créé l'égalité au 11e trou, puis il a pris les devants au trou suivant, une normale trois, quand j'ai envoyé mon coup de départ à l'eau.
Je suis cependant revenu à la charge et après 16 trous, nous étions à égalité. On s'est mis à parler de ce qu'on ferait en cas d'égalité après 18 trous. «Il n'y aura pas de prolongation», ai-je alors déclaré dans un excès de confiance.
Grave erreur, même si j'ai pris les devants en calant un coup roulé de 20 pieds pour la normale sur ce trou.
Au 17e, je me suis retrouvé avec les pieds sous la balle dans une trappe de sable et il m'a fallu trois coups pour finalement atteindre le vert, Denis prenant les devants par un coup malgré son boguey.
Sur le tertre du 18e, une normale cinq, Gratton a joué de prudence en prenant un bois cinq même si on avait le vent dans le nez, et il s'est placé dans l'allée. Tirant de l'arrière, j'ai joué le tout pour le tout en sortant mon «driver», que j'ai promptement tiré dans le ruisseau longeant le trou sur la droite (je suis gaucher, comme Denis, je vous le rappelle).
J'avais encore une mince chance de créer l'égalité quand il a envoyé son coup d'approche dans une fosse de sable, alors que la mienne a tout juste manqué le vert. Quand il est resté dans la fosse après son premier coup, j'ai repris espoir. Puis il a sorti un autre coup de maître de sa poche, envoyant son coup de cocheur suivant à un pied de la coupe. Quand j'ai envoyé mon approche avec mon «putter» quelques pieds au-delà du trou, c'en était fait de «Gump».
Je dois donc m'incliner bien bas devant le «chum de Manon», surtout avec sa façon non-orthodoxe qu'il a de caler ses courts coups roulés, en utilisant le revers de son «putter» qu'il balance devant lui alors qu'il fait face au trou. Assez particulier, mais pas illégal selon les règles du golf.
Merci au professionnel du Greyhawk, Dany Lacombe, pour son hospitalité alors que ce duel annuel j'avais oublié hier de mentionner qu'on s'était affronté au Champlan l'an dernier, où j'avais triomphé par trois coups était disputé pour la première fois en sol ontarien, dans les terres de la Bot..., excusez, de Denis.
Dans mon subconscient, je devais me dire que ça ferait une meilleure histoire s'il gagnait pour une fois. C'est ce que je vais me dire au cours de la prochaine année alors que Gratton pourra m'affubler de ce sobriquet qui n'est quand même pas si dérogatoire que ça, quand on sait que Lorne «Gump» Worsley a gagné le trophée Vézina remis au meilleur gardien de la LNH à deux reprises, en 1965-1966 et 1967-1968, quand il portait les couleurs du Canadien.