On efface tout et on recommence?

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Les pays comme le Canada pourront difficilement aller de l'avant avec leurs projets qui dépendent de la collaboration du gouvernement américain.

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(Québec) CHRONIQUE / Tout le monde le sait, les Américains sont en colère et ils ont donné un grand coup à l'establishment politique de Washington. Mais une fois cela dit, qu'est-ce qu'on fait? On efface tout et on recommence? Sur quelle base peut-on travailler à partir de maintenant?

Lundi, le premier ministre Philippe Couillard sera à Marrakech, au Maroc, pour la réunion de la COP 22. C'est le suivi à l'Accord de Paris sur les changements climatiques (COP 21). Dans un mois, Justin Trudeau réunira ses homologues des provinces pour décider des mesures à prendre afin de respecter cet accord. Mais que fera-t-on, à partir du moment où le président élu des États-Unis, l'un des principaux signataires de cette entente, ne croit pas aux changements climatiques?

Les mêmes questions se posent pour le commerce international, pour l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) face à la Russie, pour la crise humanitaire des migrants, pour la guerre à l'État islamique en Syrie et en Irak, pour le dossier nucléaire iranien, pour l'État palestinien et pour les relations avec l'Arabie Saoudite. La liste est longue. La position américaine sous Hillary Clinton aurait été prévisible parce qu'il n'y aurait pas eu de rupture brutale avec l'administration Obama. Mais sous Trump, c'est un saut dans l'inconnu.

L'histoire nous apprend qu'un nouveau président change souvent de discours une fois confronté à la réalité. Ronald Reagan était un faucon en campagne électorale, mais il a signé un traité sur l'élimination des missiles nucléaires à moyenne portée avec Mikhaïl Gorbatchev. Donald Trump a fait campagne contre les accords commerciaux comme le libre-échange, mais il devra y penser à deux fois quand ses experts lui annonceront une récession s'il va de l'avant avec sa promesse.

Sur l'environnement, le nouveau locataire de la Maison-Blanche peut croire ce qu'il veut, ça n'empêchera pas les États comme la Californie de collaborer avec le Québec et l'Ontario sur le marché du carbone. Et ça n'empêchera pas les maires des grandes villes, qui croient aux dangers des changements climatiques, de collaborer entre eux pour limiter les émissions. Le problème, c'est au chapitre des milliards de dollars que les pays du Nord ont promis aux pays du Sud, à Paris, pour les aider à s'adapter aux changements et à contribuer à l'effort collectif contre le réchauffement de la planète. Si les États-Unis renient cet engagement, c'est tout l'accord de la COP 21, entériné par 192 pays, qui est menacé.

Donald Trump a eu la chance ou l'intelligence de comprendre qu'il ne servait à rien de mener sa campagne sur des questions de fond, sur des enjeux complexes et difficiles à vulgariser. Il a passé tout son temps à dénoncer des situations : immigration des Mexicains, fermeture des usines et transfert des emplois ailleurs dans le monde, terrorisme international. Il a misé sur les craintes des Américains. Il a ignoré sciemment les critiques de son adversaire et des médias qui exigeaient des réponses sur les grands enjeux et il a répété ses slogans tout au long de la campagne. C'est comme en publicité : à force de répéter, le message finit par passer.

Il a gagné ses élections, mais sa stratégie a pour résultat qu'on ne sait pas ce qu'il fera une fois au pouvoir. On connaît ses opinions et ses préjugés, mais on n'a aucune idée de ce qu'il en fera une fois installé à la Maison-Blanche et confronté à la dure réalité du pouvoir. Combien de temps faudra-t-il attendre? Difficile à dire. Mais en attendant, les pays comme le Canada pourront difficilement aller de l'avant avec leurs projets qui dépendent de la collaboration du gouvernement américain.

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