Les courriels de Jean-Paul

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CHRONIQUE / On n'a pas grand mérite à partager des souvenirs personnels de Jean-Paul L'Allier. L'homme a été tellement présent et influent à Québec et au Québec que nous l'avons tous connu, d'une manière ou d'une autre.

Sur le plan politique, je n'oublierai jamais sa passion, sa fougue et sa capacité de persuasion pendant les débats sur les fusions municipales. Une entrevue éditoriale avec Jean-Paul L'Allier, ce n'était jamais banal. Je doute qu'il ait eu raison, à l'époque, de prétendre qu'une ville fusionnée coûterait moins cher à gérer que l'ancienne agglomération de la région de la Capitale-Nationale. Mais la fusion a donné à Québec des moyens qu'elle n'aurait jamais eus autrement. L'ancienne Ville de Québec aurait été incapable de mener à bien son projet d'amphithéâtre sans la fusion avec les autres municipalités, dont Sainte-Foy, Sillery, Beauport, Charlebourg et Cap-Rouge. Même si Jean-Paul L'Allier n'appuyait pas ce projet, c'est son héritage qui l'a rendu possible.

Malgré sa contribution exceptionnelle à la capitale nationale et à la vie municipale, c'est la personnalité attachante de l'ancien maire dont tout le monde voudra se souvenir. Dans mon cas, ce qui a fait mon bonheur de journaliste, ce sont ses courriels de protestation rédigés vers 5h30 du matin, lorsque Monsieur le maire avalait son café de travers à la lecture d'une nouvelle ou d'un éditorial. Des courriels spontanés et sans filet, qui révélaient la passion de cet homme pour sa ville. Un jour, à la lecture d'un texte particulièrement bien senti, je lui ai demandé la permission de le publier. Ce à quoi il a acquiescé, en se réservant le privilège de corriger quelques coquilles...

S'ensuivit une habitude de se voir une fois l'an, autour d'un lunch, pour parler de la politique et de la vie. L'un de ses rêves, à l'époque, était de convaincre les propriétaires des centres commerciaux de la banlieue d'ouvrir leurs terrains de stationnement aux automobilistes, pendant la semaine, pour y prendre les autobus vers le centre-ville. Je ne sais pas ce qu'il est advenu de cette idée, mais ça aurait été gagnant-gagnant des deux côtés: gagnant pour les automobilistes et les transports en commun, mais aussi pour les commerçants à cause d'une fréquentation accrue des centres d'achat à l'occasion du retour à la maison.

Jean-Paul L'Allier était un bon vivant, grand amateur de pêche. J'ai fait une sainte colère dans une pourvoirie de la Mauricie, il y a quelques années, en entendant une bande de fêtards chanter des chansons grivoises à tue-tête devant ma porte, vers les 23 heures. J'ai fait une sortie remarquée, en pyjama, pour leur demander d'aller chanter ailleurs. Oh surprise! Jean-Paul était de cette bande de joyeux lurons. Il s'en est excusé le lendemain, mais il ne semblait pas très chagrin...

Après son départ de la politique, il est passé au tu et à toi. J'ai pris ça pour un compliment. Je n'ai jamais prétendu à son amitié, je l'ai trop peu connu pour ça. Mais j'ai compris que c'était ça, le vrai Jean-Paul L'Allier: homme de grande culture et de savoir, très à l'aise parmi les grands de ce monde, il ne s'est jamais pris pour un autre parce qu'il aimait les gens de tous les milieux.

Un ami, qui a organisé le protocole des funérailles de Jean Doré en juin dernier, me raconte que Jean-Paul L'Allier y a prononcé un discours particulièrement éloquent sur la politique et le sens de la démocratie. Il n'avait pas de texte. J'espère qu'on a conservé la bande sonore de ce témoignage. Parce que Monsieur le député, le ministre et le maire L'Allier, c'était et ça restera une autre grande pointure de notre histoire collective.

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