Derrière Sam Hamad... Samer Hamadallah

Lorsqu'on lui parle d'intégration, Sam Hamad donne l'exemple... (Patrice Laroche, Le Soleil)

Agrandir

Lorsqu'on lui parle d'intégration, Sam Hamad donne l'exemple du restaurateur Jamal Khalil, rue D'Auteuil, à Québec: «Il n'avait jamais parlé français auparavant. Il se débrouille.»

Patrice Laroche, Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Gilbert Lavoie

Collaboration spéciale

Le Droit

Si Samer Hamadallah n'était pas venu étudier au Québec à la fin des années 1970, il serait peut-être du nombre des centaines de milliers de migrants syriens qui marchent aujourd'hui en direction de l'Europe pour fuir la guerre.

Après plus de 35 ans Canada, Sam Hamad garde encore des souvenirs de sa jeunesse à Damas, mais il se reconnaît davantage une identité québécoise que syrienne.

Le ministre du gouvernement Couillard n'est retourné qu'une fois dans son pays d'origine depuis son arrivée au Canada. Sa mère venait le visiter à Québec, où elle s'est d'ailleurs installée de façon permanente en 2000.

Il parle encore l'arabe, mais de son propre aveu un arabe «cassé» qui ne lui permettrait pas de tenir une conversation savante.

Il a changé de nom à la sortie de l'université pour faciliter son intégration à la société québécoise.

«Quand je disais Hamadallah, je m'apercevais souvent que les gens ouvraient grands les yeux. C'était la guerre en Iran, l'ayatollah Khomeiny. Je ne voulais pas avoir de problèmes avec mon nom.» C'est un peu tout ça, ce désir d'intégration, qui l'a amené à éviter les commentaires sur la guerre en Syrie au cours des dernières années. Il ne se voyait pas poser en expert sur un pays qu'il ne connaissait plus vraiment, et où il n'a que quelques cousins éloignés.

Pas un expert

La crise des migrants l'a toutefois amené à sortir de son mutisme. Et lorsqu'on l'interroge sur les moyens à prendre pour régler cette crise, il parle tout de suite de la fin de la guerre. Il rappelle que lorsqu'il s'est rendu à l'ambassade du Canada à Beyrouth au Liban pour y faire sa demande d'immigration, ce pays était dévasté par la guerre, et qu'on y vit aujourd'hui en paix.

Interrogé sur les affrontements des derniers jours entre les migrants et la police hongroise, Sam Hamad répond que ce n'est pas le fait de radicaux.

«S'ils ont quitté, c'est qu'ils n'ont plus rien. Imaginez... les gens perdent leur maison, perdent leurs biens, ils perdent tout. Ces gens-là sont dans une situation de désespoir, mais en même temps, ils cherchent de l'espoir pour leurs enfants. Imaginez le désespoir, le sentiment d'impuissance, d'être incapable de faire quelque chose pour vos enfants, de sauver leur vie. Alors là, on devient plus agressif. C'est comme un animal blessé qui cherche à survivre, il devient plus dangereux. Alors le barrage pour eux, c'est le barrage contre la liberté, contre l'espoir. Alors ils vont forcer ces barrages-là. Ils sont prêts probablement à sacrifier leur vie pour laisser passer leurs enfants.»

Miser sur la deuxième génération

Sur l'accueil des migrants, le ministre estime qu'il faut privilégier les familles.

«L'idéal, c'est les familles, c'est un gain pour le Québec, parce que la deuxième génération sera un grand succès. Les parents qui ont des enfants ont une responsabilité, ils ont l'obligation de travailler fort pour faire vivre leurs enfants. Ça les oblige à s'intégrer pour travailler. C'est un gage de sécurité. On est assuré que ces gens-là ne resteront pas à rien faire, à attendre l'aide du gouvernement.»

«Il y a un gars qui a ouvert un petit magasin de sandwich près de la rue Saint-Jean, à Québec. C'est un Syrien, il est ici depuis seulement quelques années. Son français est encore faible, mais il s'améliore. Et il n'avait jamais parlé français auparavant. Il se débrouille.»

Hamad ne partage pas l'opinion de Joseph Facal, lui-même un néo-Canadien, qui a écrit récemment qu'il est faux de croire que ces milliers de migrants ont les compétences nécessaires pour combler les besoins de main-d'oeuvre des entreprises. «Ça, c'est une vision à court terme. Il faut une vision à long terme».

Il rappelle que de nombreux Syriens se sont établis au Québec au début du 20e siècle pour fuir le régime ottoman et que cette immigration a donné d'excellents résultats.

Quant aux craintes que suscite l'accueil de Syriens dans certains milieux parce qu'ils sont majoritairement musulmans, Hamad fait remarquer que la Syrie est un pays laïque depuis très longtemps. Il signale aussi que les Syriens de religion chrétienne parlent souvent français et sont familiers avec la culture française.

Hamad ne comprend pas l'attitude du gouvernement hongrois devant cette situation.

«C'est terrible de se faire du capital politique sur la misère des gens. Ils devraient se souvenir que le Canada a accueilli beaucoup de Hongrois en 1956.»

Débrouillard, ce Samer

Pour survivre à son arrivée au Québec, Sam Hamad a fait les cheveux de ses collègues étudiants à Rivière-du-Loup pour 2$, il a aidé des camionneurs à décharger leurs marchandises au centre commercial pour 1$ l'heure, et il a même lu les lignes de la main en retour de nourriture.

«Le talent vient avec le besoin», raconte-t-il en riant.

Sam Hamad n'était pas démuni lorsqu'il a quitté la Syrie. Sa famille n'était pas fortunée, il avait perdu son père à l'âge de 4 ans, mais sa mère était adjointe administrative dans une firme pharmaceutique suisse. Ce qui lui a permis de fréquenter le lycée français. Il parlait donc arabe, français et anglais lorsqu'il a terminé ses études. Élevé dans le quartier des ambassades à Damas, il a rêvé très jeune de vivre ailleurs, dans un pays qui lui offrirait «le rêve américain». Son premier voyage à l'extérieur de la Syrie, à la fin du lycée, lui a fait découvrir Londres, Paris et plusieurs villes italiennes. Ses contacts avec d'autres jeunes voyageurs l'ont convaincu de partir. Il estime qu'au moins 75% de ses collègues de classe ont également quitté la Syrie.

C'est aux États-Unis qu'il espérait d'abord émigrer, mais la crise des otages américains de 1979 en Iran lui a fermé cette porte. Il a fait des demandes en France et en Angleterre, mais sans succès. On lui a finalement conseillé le Canada, qu'il ne connaissait vaguement que par les Jeux olympiques de 1976, Pierre Elliott Trudeau, les chutes Niagara et Toronto.

L'intégration

Parce qu'il parlait français, on l'a envoyé au Québec et tout d'abord au Cégep de Rivière-du-Loup. Constatant que le niveau académique n'était pas celui d'une institution universitaire, il n'y est resté que le temps d'une session. Il a fait des demandes d'admission à McGill qui l'a refusé, et il a préféré l'Université Laval à la Polytechnique, parce que le campus de Laval était à l'image des grands campus américains dont il rêvait.

Même s'il venait de la classe moyenne, il n'avait pas d'argent. Pendant ses études à Laval, il a loué une chambre tout près de l'université pour 25 $ par semaine. Sa nourriture et ses autres dépenses lui coûtaient le même montant. Il dit avoir mangé des bananes, du riz, du steak haché et des dîners Kraft. «J'ai tellement mangé de riz que ça m'a pris 10 ans ensuite pour pouvoir recommencer.»

Même s'il parlait français, l'apprentissage de l'accent québécois lui a compliqué la tâche. Il raconte par exemple que l'un de ses professeurs répétait souvent tsé pendant ses cours. Étudiant en génie, il croyait qu'il s'agissait là de termes scientifiques comme ceux utilisés pour les différents types de rayonnement, alpha, bêta, gamma...

Pas facile, l'intégration, même quand on parle la langue. Et puis il y a l'hiver...

Mais parce qu'il a réussi, Sam Hamad est convaincu que les autres y parviendront.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer