Ces photos qui changent l'Histoire

Le 8 juin 1972, la photographie de la... (Photothèque Le Soleil)

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Le 8 juin 1972, la photographie de la jeune Kim Phuc, 9 ans, totalement nue et gravement brûlée par une bombe au napalm, a fait le tour de la planète, changeant le cours de l'Histoire. Depuis jeudi, la photo du petit Alan Kurdi fait la même chose.

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Nous vivons dans un univers hypermédiatisé. Un univers où la rapidité des communications et la masse d'infirmations véhiculées quotidiennement finissent par nous insensibiliser à la misère humaine. On a beau savoir ce qui se passe et on a beau voir les victimes, les grandes catastrophes humanitaires nous laissent souvent indifférents parce qu'on ne les voit que sur écrans, comme dans un film, une fiction.

Et tout à coup, voilà qu'une photo, une seule, provoque un déclic et change le cours de l'Histoire.

Le 8 juin 1972, la photographie de la jeune Kim Phuc, 9 ans, totalement nue et gravement brûlée par une bombe au napalm, a fait le tour de la planète. Le document a choqué le public américain et a modifié le cours de la guerre au Vietnam.

En octobre 1993, les images des cadavres de 18 soldats américains traînés dans les rues de Mogadiscio, en Somalie, ont scandalisé l'opinion publique aux États-Unis. Elles ont mené au retrait des troupes américaines dans ce pays et à un changement profond de l'attitude de Washington en Afrique.

Depuis jeudi, la photo du petit Alan Kurdi, trois ans, retrouvé noyé sur une plage près de Bodrum, en Turquie, a bouleversé la communauté internationale. Pourtant, il y a des mois que l'on assiste au drame des migrants, qui se noient par milliers en Méditerranée en tentant de fuir la guerre et la famine. Mais cette seule photographie nous a confrontés à nos obligations humanitaires.

C'est vrai que les pays européens sont les premiers touchés par la crise des migrants. C'est vrai que la solution à cette crise ne se résume pas au simple accueil de ces réfugiés.

Mais il est tout aussi vrai que la communauté internationale, dont nous sommes, ne peut se contenter de demi-mesures en espérant que la crise se résorbera avec le temps. Le Québec et le Canada ne peuvent rester les bras croisés, sous prétexte qu'un océan les sépare de ces malheureux.

Passer à l'action

Depuis mercredi, la photo d'un bambin de trois ans nous force à revoir nos politiques d'immigration, à nous remettre en question sur ce dossier déjà controversé. Ce sera difficile parce qu'il y aura toujours des gens qui ne verront que des problèmes dans l'immigration. Des problèmes liés à la langue, à la religion, aux coûts économiques et sociaux liés à l'accueil des immigrants.

Les politiques de nos gouvernements visent surtout à accueillir des gens qui viennent combler des emplois vacants, qui nous apportent leur expertise ou qui viennent investir leur fortune chez nous.

L'an dernier, le gouvernement canadien a modifié son modèle de sélection. Les candidats doivent dorénavant produire une déclaration d'intérêt portant sur leurs aptitudes à satisfaire aux besoins des employeurs. À Québec, le gouvernement Couillard planche depuis plusieurs mois sur une nouvelle politique d'immigration visant une meilleure adéquation entre le recrutement des immigrants et les besoins de main-d'oeuvre. Cette politique en devenir doit aussi préciser quelle place on donnera à la connaissance préalable du français dans ce recrutement.

Au cours des dernières années, 20 % de l'immigration au Québec venait de l'Algérie et du Maroc, des pays de la francophonie. Or la crise actuelle des migrants concerne principalement des réfugiés en provenance de la Syrie. Faut-il faire passer un test de français à ces gens? Faut-il leur demander quel emploi ils pourraient occuper ici? Faut-il leur faire lire nos chartes des droits sur l'égalité hommes-femmes parce qu'ils sont musulmans?

Ce bref rappel de nos préoccupations habituelles illustre à quel point il sera impossible de réconcilier nos priorités politiques d'hier, avec l'urgence d'aujourd'hui et de demain. Quand le drame frappe avec une telle ampleur, la solidarité doit passer avant la politique.

Paradis et enfer

Mes vacances de l'an dernier m'ont amené sur les plages de Bodrum, en Turquie, où on a retrouvé le corps du petit Alan. Bodrum, c'est une station balnéaire d'où partent les « croisières bleues » sur de beaux voiliers qui amènent les touristes jusque dans les îles grecques. Un décor paradisiaque pour les vacanciers, devenu un véritable enfer pour les réfugiés syriens qui s'y embarquent dans des embarcations de fortune pour fuir la guerre.

Mes vacances m'ont aussi amené à Istanbul. Deux ou trois familles de mendiants y montraient leurs passeports de la Syrie pour attirer l'attention des touristes. Maintenant, ils sont des milliers et ils frappent à notre porte. Tout ça en moins de 12 mois...

Comme quoi la guerre finit toujours par nous rattraper quand on est incapable de l'éviter ou d'y mettre un terme, comme ce fut le cas en Syrie.

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