Des «maudites» limites!

L'attitude de certains militants conservateurs envers les journalistes... (PHOTO FRED THORNHILL, REUTERS)

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L'attitude de certains militants conservateurs envers les journalistes entraîne des incidents disgracieux lors des points de presse de Stephen Harper.

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Il y a quand même des limites à intervenir dans le travail des journalistes qui suivent la campagne électorale fédérale.

Mardi, un journaliste anglophone a voulu revenir sur le scandale du Sénat pendant la conférence de presse quotidienne de Stephen Harper. Il a été copieusement hué par les partisans conservateurs.

- «Je vais reprendre ma question» a réagi le journaliste.

- «Non!» ont répondu les militants.

Ça, c'est ce qu'on appelle de l'intimidation, et ça devrait faire l'objet de sévères dénonciations de la part de tous les patrons de presse et des associations de journalistes au pays.

Depuis une dizaine d'années, les politiciens ont pris la mauvaise habitude de se faire accompagner de leurs militants aux conférences de presse. On place une partie de ces «plantes vertes» derrière le politicien, et les autres dans la salle afin de l'applaudir. Ça donne l'impression que tout le monde est d'accord avec ce qu'il dit.

Rien à faire

Ce sont les partis politiques qui réservent les salles à des fins de conférences de presse, et qui invitent leurs partisans. On ne peut rien y faire. Mais entre applaudir et huer les journalistes, il y a des «maudites» limites. Or c'est ce à quoi on assiste ces temps-ci chez les conservateurs. C'est une forme d'intimidation, et personne n'y est totalement insensible.

C'est d'autant plus inacceptable que l'entourage de Stephen Harper limite le nombre de questions permises aux points de presse. Pendant la campagne électorale, le chef conservateur ne prend que cinq questions: quatre des journalistes qui l'accompagnent sur la route, et une cinquième d'un représentant des médias locaux.

Ça, c'est son privilège.

Mais la présence de militants à ses conférences de presse ainsi qu'à celles des autres chefs devrait être systématiquement dénoncée. Une conférence de presse, c'est pour les journalistes, pas pour les partisans. Et quant aux huées quand les questions posées ne font pas l'affaire du parti, c'est pire encore. Les réseaux de télévision devraient en faire l'objet de reportages à chaque fois que cela se produit. La médiatisation de ces incidents disgracieux forcerait les politiciens à se montrer un peu plus respectueux.

Pas misogyne, mais...

Les excuses, ça ne fait qu'empirer les choses lorsqu'elles ne sont pas sincères ou qu'elles déforment les faits. L'ancien ministre Guy Julien a tenu une conférence de presse, hier, pour se défendre d'avoir été misogyne à l'endroit d'une journaliste de Radio-Canada à qui il a dit qu'elle avait engraissé.

Version de M. Julien: il lui aurait dit ça sur un ton «très badin» et il se serait rendu compte immédiatement qu'il avait commis un impair. «Le visage qu'elle m'a fait, j'ai dit: oups! Alors j'ai dit Marie-Claude, je ne voulais pas te choquer, je m'excuse, ce n'était vraiment pas mon intention».

Ce serait crédible si c'était sincère et si l'auteur de la bourde ne s'en était pas vanté dans les minutes qui ont suivi. Mais les caméras de Radio-Canada ont saisi les propos de Julien peu de temps après, lorsqu'il a raconté la chose à Yvon Picotte. Les caméras, ça ne ment pas. À Picotte, qui lui demande qui est la fille à qui il vient de parler, Julien répond que c'est la journaliste de Radio-Canada. «C'est elle qui nous a beurrés?» demande Picotte. Et Julien de répondre en souriant: «Oui. Je lui ai dit qu'elle avait engraissé. Est en tabarnak.»

Hier, Julien a sorti le mouchoir en conférence de presse pour dire à quel point tout ça l'avait «blessé», et réitérer qu'il n'était pas misogyne. Pas misogyne, peut-être. Mais repentant, certainement pas. Ce qui l'a vraiment blessé, c'est que sa bêtise se retrouve dans les médias. Alors pour les excuses, on repassera!

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