Le «beau risque» de Gilles Duceppe

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Si Mario Beaulieu était demeuré à la tête du Bloc québécois, personne n'aurait été surpris de la disparition de ce parti aux prochaines élections. On aurait imputé l'échec au manque de charisme et de leadership de Beaulieu, et non à une baisse de la ferveur souverainiste.

En ramenant Gilles Duceppe, on a relevé les attentes. S'il échoue à ressusciter le Bloc, tout le mouvement souverainiste en sortira affaibli. S'il réussit, ce sera un plus. À l'inverse du «beau risque» de René Lévesque vers un fédéralisme renouvelé, c'est le «beau risque» vers la souveraineté. Qui ne risque rien, n'a rien...

Selon les souverainistes, le Québec vient de s'engager dans un nouveau cycle politique avec Pierre-Karl Péladeau et Gilles Duceppe. C'est peut-être vrai, mais ce pourrait être également la fin d'un cycle.

L'entrée en scène de Péladeau comportait déjà sa part de risques. Celle de M.Duceppe en représente une autre: les Québécois accepteront-ils son invitation? Ou au contraire, n'y a-t-il pas danger que le principal leitmotiv des électeurs soit de sortir Stephen Harper? Les sondages seront suivis avec attention mais c'est pendant la campagne électorale que l'on verra la véritable humeur des gens.

Tout aussi spectaculaire soit-il, le retour de Gilles Duceppe ne paralysera pas ses adversaires. Il les fouettera.

J'entends déjà les slogans de Thomas Mulcair et de Justin Trudeau: «Un vote pour le Bloc, c'est un vote pour Harper!»

COMBATIVITÉ ET DIVISION

Il est vrai que si les Québécois opposés à Harper divisent leurs votes, ils augmenteront les chances de réélection des conservateurs. C'était vrai avant le retour de Duceppe, ce l'est encore plus si le Bloc reprend de la vigueur.

L'autre facteur à ne pas sous-estimer est la combativité des autres partis d'opposition. Thomas Mulcair a surpris en gagnant le leadership du NPD contre l'establishment du parti. Il a été d'une grande efficacité à la Chambre des communes dans le scandale entourant les sénateurs. Et il en a remis, jeudi, en courtisant à la fois les gens d'affaires et les syndicats et en promettant de restaurer le crédit d'impôt fédéral de 15% pour les fonds d'actions de la FTQ et de la CSN.

Justin Trudeau avait fait la même promesse il y a deux mois. Les deux hommes courtisent le même électorat fatigué des conservateurs.

Question fascinante

À lui seul, le Fonds de solidarité de la FTQ compte plus de 500000 détenteurs d'actions. Des travailleurs qui y ont investi leurs économies et qui ne veulent pas voir le retrait du crédit d'impôt fédéral affaiblir leur bas de laine collectif. Traditionnellement, les syndicats sont les alliés du Parti québécois au provincial et du NPD au fédéral. Qui choisiront-ils entre Mulcair, Trudeau et Duceppe? La question est fascinante: Duceppe ne sera jamais premier ministre, mais Mulcair et Trudeau pourraient le devenir. Ils sont donc les seuls à pouvoir promettre de défaire les politiques de Stephen Harper s'ils sont élus.

La politique n'est pas simple. C'est une course à obstacles où les participants ont souvent les yeux bandés et où tous les coups sont permis. Après la vague orange de 2011 et la victoire néo-démocrate en Alberta, le NPD a pour la première fois une bonne raison de croire au pouvoir. Il y mettra des efforts sans précédent. Les libéraux, écartés du pouvoir depuis Paul Martin, feront de même. Ils ont trop misé sur Justin Trudeau pour l'envoyer au combat sans munitions.

Nouveau cycle ou fin d'un cycle? C'est la beauté de la chose: on ne le sait pas.

La chronique sur les affaires ontariennes, signée récemment par Julie-Anne Lamoureux, de Radio-Canada, fait maintenant relâche. LA DIRECTION

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer