Il a fait l'indépendance économique

Jacques Parizeau... (Archives La Presse)

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Jacques Parizeau

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Jacques Parizeau rêvait de faire l'indépendance politique du Québec. Il aura plutôt fait son indépendance économique. C'est peut-être plus important que tout le reste. Parce que si indépendance politique il y a, un jour, elle ne sera viable que si elle est fondée sur des bases économiques solides.

Jacques Parizeau n'était pas seul dans cette grande aventure. «Monsieur», comme on l'appelait souvent, était de la génération des grands commis de l'État qui ont doté le Québec des outils nécessaires à son développement social, économique et culturel.

Mais ce que Parizeau avait de particulier, c'était sa connaissance intime de l'économie et des finances publiques. Hydro-Québec, la Caisse de dépôt, la Société générale de financement et la Régie des rentes du Québec sont les plus beaux fleurons de son héritage. Mais s'il était possible, par exemple, de faire le bilan comptable du Régime d'épargne-actions, créé en 1979-1980 pour augmenter le capital de risque des entreprises québécoises, on aurait là un autre cas de l'importance de sa contribution.

Le Québec n'est plus le même après Parizeau. La souveraineté politique lui a échappé, mais sa force économique est acquise.

Le refus de se taire

Tout le monde a fait son éloge mardi. Mais Parizeau était têtu et il en a irrité plusieurs au sein du Parti québécois en raison de ses interventions publiques qui lui ont valu le surnom de «belle-mère». À ce chapitre, il était impitoyable.

Le 11 juin 2011, dans la foulée de la controverse entourant le projet de loi 204 sur l'amphithéâtre de la ville de Québec, 12 «jeunes» députés du PQ publient une lettre dans Le Devoir, le priant plus ou moins subtilement de se taire. Ils lui demandent de faire confiance à la relève et de prendre moins de place dans l'espace médiatique.

Parmi les signataires, on compte Pascal Bérubé, Alexandre Cloutier, Sylvain Gaudreault, Véronique Hivon et Martine Ouellet.

Parizeau est furieux.

«Cette lettre m'a beaucoup étonné, dit-il. D'abord parce qu'elle provient d'un groupe qui se dit "jeunes députés". Certains d'entre vous ont dépassé la quarantaine ou sont sur le point de l'atteindre. À 40 ans, René Lévesque nationalisait les compagnies d'électricité et si, à cet âge, après avoir travaillé avec trois premiers ministres, on m'avait défini comme le "jeune" président de l'exécutif national du Parti québécois, j'aurais mordu.»

Il les accuse d'abuser «des poncifs de la rectitude politique» et de faire de l'enflure verbale.

Le prof Parizeau

Assez curieusement, c'est le Jacques Parizeau des dernières années qui était le plus efficace pour motiver les jeunes autour du projet souverainiste.

Je l'ai vu à deux reprises devant de jeunes publics, au cégep et à l'université. Les étudiants buvaient littéralement ses paroles.

Au lieu de leur servir des slogans usés, Parizeau servait un cours magistral sur le potentiel du Québec, sur sa capacité économique et culturelle de prendre sa place dans le concert des nations. Il appuyait ses propos de statistiques, de comparaisons et de données probantes.

On finissait par se demander pourquoi les Québécois avaient dit non à deux reprises.

«Monsieur»

René Lévesque était d'un accès facile. Il était très simple dans ses propos, d'une franchise parfois naïve et sans retenue lors de ses rencontres avec les journalistes. Lévesque était aimé des Québécois. Parizeau était respecté. D'ailleurs, «Monsieur» conservait toujours une certaine distance avec les gens.

Mais il y avait un autre personnage derrière cette apparente froideur.

J'ai encore en mémoire l'une de ses visites à Ottawa en compagnie de René Lévesque au début des années 1980, à l'occasion d'une conférence fédérale-provinciale. À la fin de la soirée, une fois Lévesque au lit, Parizeau est descendu au bar de l'hôtel où il avait donné rendez-vous aux journalistes francophones. Pas pour parler de constitution! Simplement pour passer du bon temps... et probablement aussi ses messages, mais sans que ça paraisse!

Même si «Monsieur» gardait ses distances au travail, il avait un extraordinaire sens de l'humour qui en faisait un compagnon de table passionnant et divertissant. Ce soir-là, ce sont les journalistes, épuisés, qui ont mis fin à la rencontre aux petites heures du matin. «Monsieur» n'était pas du genre à «casser le party».

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